Edito

Vendredi 28 août 2009

null Holy shit ! Si le rock a décidemment goût de cendres, le souvenir de ses braises incandescentes sait encore vous enflammer la panse.

15 ans déjà, ouais. 15 ans que le Don Quichotte blond aux yeux mouillants a claqué la porte. Aussi rapidement qu’il vous explosait la mâchoire charnue d’une gratte en beuglant. Liquidation totale avant saisie des huissiers. Ricanant. Là, debout sur le charnier. A pisser sa bibine sur le corps fumant d’une industrie vidéo-clippée.

Il a fallu 2 secondes, ce 5 avril. 2 secondes pour qu’une part d’innocence s’envole avec Cobain, icône inoxydable. Et c’est, entres autres, ce coup de feu qui donna le départ de la course. Les tatouages éphémères au marqueur, les agendas découpés ou les cassettes échangées à la récré en disaient longs sur son humanité.

Et nous, pauvres fous, à s’user les phalanges sur ses hymnes, le jean baillant et le lacet dépressif, pour quelques roucoulements lascifs ou autres affronts à l’autorité. Le gimmick était là : « Mieux vaut briller que se consumer ». 15 ans déjà, disions-nous. Devenir orphelin ne s’oublie pas.

Car que l’on apprécie ou non sa musique, le martyr su rappeler que rock et personnage se tienne la main. Comme le mac et sa putain. Lui, soucieux de la scène indie mais faisant s’encanailler l’underground et le mainstream. Ce funambule mort d’avoir trop marché sur la terre et au destin shakespearien, capable d’une redoutable énergie. Directe. Primaire. Sans compris, ni sac à vomi.

Demandez-leur, tiens ! A lui ou aux autres gardes-chiots eigthies - Oasis, the Offspring, Faith No More, Prodigy - si le rock mérite d’être vécu. Demandez-leur, ouais, si l’étendard repu n’a pas envahi le graphisme (Rock’Art), la photo (Rockfolio), la télévision (Rock en clips), la bande dessinée (Rock en Bulles) et les mioches qui vont avec (Mini-Rock). Qu’un frémissement vous provoque des baves pavloviennes à vous ruiner le futal. C’est un fait.

Alors, quoi ? Qu’on se le dise, c’est thérapie de groupe(s) ce week-end. Photos, comptes-rendus, interviews en direct ? Ca se passe
ici.

Come get some, dudes ! Et bon festival.

 

Par Rock en Seine 2009
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Mardi 11 août 2009

Un festival, c'est une programmation, des bénévoles, un public. Mais on oublie le plus souvent la dimension qu'offre un site. Et cette année encore, les Vieilles Charrues ont une nouvelle fois prouvé l'importance symbolique des terres de Kerampuilh.

Il y a tout d'abord la stratégie géographique : le Kreiz Breizh. Revanche des « bretons de terre » en guise de lutte des classes malicieuse. Epicentre prolifique et multidisciplinaire qui prit place en terrain jusque-là inconquis. Sous-estimé. A l'abandon depuis 18 ans. Et dont les autochtones ne cessent depuis de revendiquer. De se réapproprier. De s'impliquer. Avec une fierté tout retrouvée et, de surcroît, légitime.

Puis, il y a le cadre. Une verdure clémente. Des champs à perdre de vue et des espaces où s'épandre. Propice au lâcher-prise et au sentiment de liberté. A la douce et délicieuse permissivité. Et si la pelouse pouvait parler, imaginez ce qu
elle raconterait de la prestation massive de Springsteen, des roucoulades de Kravitz, de la bluffante facilité de Winston ou des sauts de cabri de Moby...

C'est cette terre, riche d
histoires passées et futures, denseignements et de rencontres qui permet cette incroyable alchimie. Un décloisonnement autant musical qu'engagé. Problématique écologique, qualité daccueil, réseau associatif, soutien sans faille de ses bénévoles... Le festival sait, édition après édition, conserver sa dimension humaine. Sa liberté. Pour que, demain, chacun se réapproprie ses racines. De façon définitive.

Mersi bras !

> Revivre le festival 2009
Photo
© Guy De Lacroix-Herpin


  - -
Un grand merci à Emmanuel - webmanuster - Gomila, fondateur de la webcover, administrateur du site Internet des Vieilles Charrues et éternel cycliste qui s'envole pour de nouvelles aventures. Merci pour sa générosité, son humilité, ses anecdotes et son rire... inimitable. Bon vent à toi, et reviens-nous vite !



Par Webcover officielle Vieilles Charrues
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Jeudi 16 juillet 2009

« Espaaace… frontière de l’infiniii… vers lequel voyage la webcover des Vieilles Charrues. Sa mission de 4 jours : faire vivre le festival sur la toile, en direct, et au mépris du danger, faire reculer l’impossible. » Ici, ça SPACE comme ça... Planète Kerampuilh, mon gamin, nous voilà !

 

N’ayez crainte. Nous venons en paix. Les sens en orbite, la tête dans les étoiles. Et pendant toute la durée du festival, c’est vous qui aurez la possibilité de vivre les Vieilles Charrues, comme si vous y étiez.

 

Photos, vidéos au plus prêt de l’action, comptes-rendus de concerts, interviews de bénévoles ou d’artistes, réactions du public, anecdotes en direct des coulisses…  Ce sont près de quinze personnes qui vont vous permettre de vivre au mieux l’événement, 24h/24.

 

Cette année encore, Bruce Spingsteen, Moby, Lenny Kravitz, Ginzhu ou encore Bénébar seront autant d’ovnis débarqués sur les terres du Krei Breizh. Chacun, maître de son propre univers.

 

Autant d’extra-terrestres passés sous notre loupe, disséqués, analysés, étudiés par la webcover officielle des Vieilles Charrues. Car, oui, tous vont fouler la pelouse de Kerampuilh. Et, quoi qu’on fasse, la guerre des tongs aura bien lieu.

 

Durant 4 jours, la webcover s’envolera donc vers l’espace, un espace d’expression à la hauteur de la bannière étoilée qui compose la programmation de cette année.

 

« Apprêtez-vous à être transportés dans une autre dimension... Une dimension faite non seulement d’images et de sons, mais surtout d’esprit. Un voyage dans une contrée sans fin dont les frontières sont votre imagination. Un voyage où il n’y a qu’une destination. » La Carhaix-ième dimension !

Et c'est où ? Ici !


Par Site web Vieilles Charrues
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Dimanche 12 juillet 2009

Au dessus du bac à disques, on cherche, on fouille, on déniche. Plein de sueurs et de spasmes. On frôle l’objet… DahLIA. Chanteuse soul ? Hippies ? On s’intrigue, on hésite. Car le nom est trompeur. Et pourtant.

Comment passer à côté de ce duo breton, formé par Guillaume Fresneau et Armel Talarmain qui, depuis 99, joue les saute-mouton dandy entre énergie rock, sensibilité pop et fantôme folk ? Car l’album à de quoi prendre ses aises dans ce bac, tapant alternativement le carton avec ses voisins de chambre : Sebadoh, Diabologum, Franz Ferdinand et Ra Ra Riot.

Une vraie arnaque de sortir ce troisième album en CD ! Des choses comme ça devraient se savourer, avec les craquèlements d’usage, même si la grande cohérence de l’oeuvre donnerait des envies de rasades incontrôlées. Le verre pétillant. Le verbe aussi. Et les volutes de fumées pour tapisserie. Là, dans le fauteuil ouaté. Il faudrait prendre le temps de poser le vinyle sur la platine. Il tournerait à vide pendant les deux premières secondes réglementaires avant que le son n’exulte des impurs sillons d’ébène. Fendant le silence avec hâte, DahLIA distillerait sa musique à tiroirs. Intemporelle. Mi-clinique. Mi-rouillée. Une musique qui soupire et s’étire. Qui sait respirer.

Dans « Une lumière dans les ombres », exit les versions anglaises non sous-titrées et les samples cajoleurs. Les nouveaux titres, testés sur les tarmacs d’Allemagne et d’Afrique, ont su guider DahLIA vers un son plus direct. Plus live. Résultat ? Un son porté par une guitare rock qui sait se faire acide, se plier, immédiate et obsédante. Cristallisée par Rudy Coclet (Arno, Mudflow) au studio Rising Sun de Bruxelles et patinée eighties par Gilles Martin. Le tout sous des arrangements pop, proposés en version mille-feuille british, avec un arrière goût de folk US à la Carter Family, dont le titre « Une lumière dans les ombres » rend ici l’accolade.

Il faut dire qu’on ne la leur fait pas ! Première partie de Tarmac, lauréats du Fair, sélections des Eurockéennes et du Printemps de Bourges, ou encore invités de Taratata… Le duo cache bien son jeu. Et les choses ne sont pas prêtes de s’arranger avec le recrutement du batteur Yves-André Lefeuvre (Miossec), du clavier Thomas Schaettel (RoadRunners, Santa Cruz) et de l’ingénieur son Guillaume Jouan (Miossec, Karin Clercq). Pas étonnant que la fine équipe sache si bien vous culbuter les neurones. Ils sont là, tapis dans l’ombre. A guetter l’instant. Patiemment. Et vous sautent à la gorge dès que votre attention se relâche. Pour preuve : « Une nuit ». Le type même de single qui vous colle une main dans le dos pour ne plus vous quitter. Qui vous tient la jambe à force d’écoutes. Pour ensuite, dessus, se frotter.

La voix y est pour beaucoup. Carbonisée au grill texan (où a grandit Guillaume), étendue et ralentie jusqu’à son point de rupture. Parfois aussi, délicieusement grinçante comme le crin de l’archet sur le violoncelle d’Armel. Cette voix, nasillarde et caractéristique, participe à l’intimité du registre autant qu’elle sait libérer une pure énergie rock sur scène. Plutôt nerf que muscle, ses torsions ne sont pas que mélodiques. Elles savent donner matière à lire, avec des paroles aussi sinueuses que mesurées. Des histoires d’amour éphémères et des saynètes mélancoliques. Assez belles pour ne pas les écouter en ciré, mais à fond. Le casque aux oreilles. Les yeux mi-clos. Et si l’on vous fait remarquer que votre tête dodeline, ne mentez pas, accusez la judicieuse âpreté du tempo.

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Par 4Everything
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Lundi 15 septembre 2008

Le rock. Cet hymne à la libération. Ce cri. A travers chaque décennie, on l’accusa de pervertir la jeunesse endormie. D’exciter les mœurs avec une moue lubrique. On brisa ses disques, on le pourchassa jusque dans le Mississippi et on brûla ses exemplaires en place publique. Au pilori. Au nom d’une morale, d’une religion ou d’une politique. De l’ignorance. Un feu transposé plus tard à la cause sud-vietnamienne sur la 1ère pochette des Rage Against The Machine, représentant un moine s’immolant. De quoi se faire culbuter les yeux et les oreilles, tant par la musique que par son message. Parce que la révolte favorise les lendemains qui chantent. Les soirs aussi. Surtout.

Car oui, le rock est un état d’esprit. Sauvage. Inoxydable. Une énergie. Une des seules capables de taillader les tabous sociaux, sexuels et raciaux en crachant à leur face rancie. En les scalpant de tout a priori. Et c’est les muscles suintants et saillis en plein concert, que l’on exulte sa rage, expulse ses doutes, les coudes dans la mâchoire de son ami d’un soir. C’est ce son qui vous tabasse, un doigt tendu ou un poing, c’est selon. Le rock est une apnée, une hystérie, sorte de célébration païenne sous forme d’incantations à la
Tricky. C’est un appel des bas-fonds à la The Streets ou en provenance des clubs libertaires à la Mix Master Mike. C’est selon.

Mais il faut avouer que le rock, aussi orgueilleux soit-il, réclame souvent son du. Un investissement, un sacrifice, un don nu tant de la part du public que de ses artistes. Rock en Seine #6 : le chiffre du Malin ? Il faut en payer le prix. Et si celle-que-l-on-ne-nomme-plus a effectivement bu dans la coupe, le verre n’en demeure pas moins plein. Au contraire. Son contenu fut touillé par
Apocalyptica, gargarisé par R.E.M., distillé par Wax Tailor, tourné au vinaigre par Jon Spencer Blues Explosion et fermenté par The Raconteurs. Le tout, nettoyé de tout nitrate, lapé par 76 000 festivaliers et poivré aux effluves de sueur.

Le rock d’aujourd’hui est plus qu’une musique, c’est une chance. Les chaussures volent. Avec nos émotions. Les
vidéos et les écrits, eux, tiennent le pavé.

2009, nous voilà... Fouette cocher !


Et à l’année prochaine.


Par Blog officiel Rock en Seine
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Vendredi 8 août 2008

La musique ? Un « Art mineur » prétendait Gainsbourg. Pas tant que ça, finalement. Il existe des chansons qui vous changent un monde et des attitudes qui savent malmener un public jusque là apathique. Car, indéniablement, la musique est un engagement, tant pour ses spectateurs que pour ses auteurs. Et cette année, Rock en Seine prouve que le style dépasse une fois encore sa fonction initiale pour devenir plus que tout… un état d’esprit.

Les agitateurs de conscience ont toujours été omniprésents dans la musique. Chacun à leur manière, ils se sont transformés en témoin des époques traversées. On ne parlait pas alors de stratégies, de marketing, d’opportunisme marchand. Non. Les chants et les actions de ces pythies ont provoqué malgré eux un éveil, des dates clés pour historiens, des repères dans nos vies. Car, et ce avant tout le monde, les musiciens ont toujours su cristalliser les doutes de leurs contemporains. Pour preuve, citons au hasard Sam Cooke et son « A Change is Gonna Come », le « Blowin’ in the Wind » de Bob Dylan, le « What’s Going On » de Marvin Gaye, le « Born in the U.S.A. » de Bruce Springsteen ou encore le « Ohio » de Neil Young. La liste est longue... Même à l’heure actuelle.

Il y a tout d’abord ceux qui utilisent leurs textes comme autant de salves à l’étendard libertaire. Du hors piste savamment dosé qui, au fond, n’est pas si habituel qu’il n’y parait. Et qui mieux que
Rage Against The Machine pour ouvrir le bal ? Précurseur de l’amnistie rap et métal, le combo a multiplié les prises de paroles face aux injustices. R.E.M est parvenu, quant à lui, à devenir à la fois l’un des groupes les plus progressistes de sa génération et celui le plus politiquement correct, alternant les aides humanitaires et environnementales au grès des tubes populaires. Mixe Master Mike a participé avec les Beasties Boys à des manifestations pour les Droits de l’Homme, tandis que Justice a voulu dénoncer les stéréotypes banlieusards à travers un brûlot médiatiquement voyeuriste dans son clip « Stress ». Le Dj Wax Tailor, en plus de son projet militant Breathing under Water, rappelle par son nom, son combat quotidien de « tailleur de cire », utilisant exclusivement des vinyles dans ses créations. Enfin, Serj Tankian a monté son propre label pour mettre en valeur la scène alternative et s’oppose régulièrement aux guerres et aux génocides.

Mais il n’y a pas que les paroles qui peuvent s’élever contre les institutions et les codes établis. L’attitude le peut aussi. Et dans ce domaine, le langage du corps renseigne parfois plus qu’il n’en dit. Tricky est de ceux là, de son passage en prison à 17 ans en passant par ses multiples origines (Jamaïque, Espagne, Angleterre, Asie, Amérindiens) jusqu’à ses concerts où l’artiste peut décider d’écourter son set ou de chanter de dos.
Amy Winehouse sait également jouer les têtes brûlées, collectionnant la Une des tabloïds tout en critiquant savamment les arcanes des relations amoureuses et de l’industrie musicale. The Roots brouille les pistes hip-hop et fait intervenir sur scène des instrumentistes et des samples de leur propre musique jouée en studio. Les Kaiser Chiefs, eux,  n’avaient qu’un rêve : détourner le système pour pouvoir rentrer gratuitement au festival de Leeds en Angleterre. Monter un groupe a été leur meilleure réponse. Autre exemple, si The Raconteurs est moins sulfureux que son taulier, les White Stripes ont intitulé leur 2ème opus du nom d’un mouvement néerlandais qui prône la purification radicale de l’art. Enfin, Jon Spencer réhabilite les incantations « Oh Yeah ! Let’s play the Blues », tandis que The Streets joue les précurseurs et médiatise le quotidien des prolétaires britanniques (Chavs).

Au fond, qu’ont-ils tous en commun ? La sueur au front. L’implication. Un état de révolte permanent. Un parcours marginal et des textes sortant des tripes. Mieux, le sentiment brut de la colère ou des états d’âme canalisé par une musique évocatrice. Plus un passage à l’âge adulte qu’à l’acte, cette libération apparaît surtout comme un élan d’indépendance indéniable. Chez eux, comme chez l’auditeur, c’est une manière inimitable de vivre son époque en contemporain et d'avoir pleinement conscience de ses choix actuels ou futurs. Et si ces prises de positions et attitudes divisent, en amusent certains, en exaspèrent les autres, tout le monde s’entendra à l’inverse sur l’intensité que cela donne au set. Car de chaque show, il en résulte un moment rare, palpable et indélébile. Une leçon qui se vit en live. Pas autrement. D'où la mission du blog officiel de vous tenir au courant heure par heure des hostilités à travers des comptes-rendus de concerts, des interviews et des anecdotes en direct des coulisses.

La musique s’est créée ainsi : contre les dogmes parentaux, sociétaux ou culturels. C’est l’expression d’une liberté, enfouie ou non en chacun de nous et qui ne demande qu’à être réveillée. Engagez-vous, qu’ils disaient, et rejoignez donc dès à présent les rangs du domaine national de Saint Cloud. A ceux qui se souviennent de la petite culotte de PJ Harvey en 2003, de Beck et ses marionnettes en 2005, ou des pogos boueux de The Hives en
2007, Rock en Seine réserve encore de belles et indéfectibles surprises… histoire de se sentir, encore et plus que tout, vivant et unique. Rien que ça.

Bon festival !

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Par Blog officiel Rock en Seine
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Mardi 5 août 2008

Oui, indépendance. Rarement un mot aura aussi bien défini l’action des six mâconnais de Semtazone. Une figure de proue rock qui, avec ce troisième album, Alles is Durven, prend une nouvelle fois tout son sens et rappelle un besoin romantique de liberté.

Car, pas de doutes, l’indépendance fut l’un des carburants du combo. Justement. Toutes voiles dehors, chaque bataille menée depuis presque dix ans renferma les écueils de cette quête dans une inéluctable nécessitée. Semtazone, ce n’est pas une déclaration d’amour d’un banlieusard zozotant pour son quartier. C’est cette envie d’exister, de fendre les flows et de rendre des comptes sur le terrain, en live, comme en témoignait leur précédent Trafic Intense. Sorti en mars 2007, l’album avait été enregistré lors d’une tournée de dix-huit mois, capturant l’essence même de leur expression la plus brute. Un véritable témoignage de héros du vague à l’âme, affrontant sans sourciller les bourrasques et les chants de sirènes. Une espèce rare et non protégée. Des indépendants, disions-nous. Qui mieux alors que le libertaire label Irfan pour leur offrir une bannière digne de ce nom ?

Depuis, la démarche chaloupée et la vigie pointant vers les horizons, l’équipée n’a eu de cesse de mouiller son encre dans les acides phrasés et les ports de boucaniers. Mieux, la flotte a parcouru les continents, enchaînant plus de 500 concerts, non sans une irrévérencieuse facilité. Semtazone au Canada, Semtazone aux Etats-Unis, au Japon, au Maroc, en Allemagne… Assez pour rendre jaloux les aventures d’un Oui-Oui en proie au mal du pays. Exit les chemins tracés, le journal de bord s’est sans exception enrichi à chaque percée. L’arsenal aussi. Et c’est avec plaisir que l’on retrouve les moussaillons d’antan, le regard endurci et la peau tannée par les attaques des embruns. Comme purifiée par le sel de l’expérience, l’ancienne barque conserve son caractère immédiat, essentiel, profilé, évitant les faciles naufrages et les pillages coutumiers pour acquérir, à juste titre(s), une vitesse de croisière.

Pour preuve, des récentes écoutes en continu de Calexico, Alain Bashung ou Radiohead lors de l’enregistrement du nouvel album, Semtazone n’en retient que la mise en place d’ambiances aux remous perturbants. Un abordage en règle où, dans ce sombre climat rock, l’espoir des cuivres apparaît comme un phare salvateur. Et, à ceux qui pouvaient en douter, le propos s’est affiné, aiguisé, endurci. Leur musique est désormais une mer obscurcie par la guitare électrique telle un nerveux orage de chaleur. La chanson s‘y intègre sous forme d’éclaircies, utilisant les nuages menaçants du rock comme une boussole perfectionniste. Au final : est-ce un rock chanté ou une chanson rock ? Qu’importe. Le troisième assaut Alles is Durven prouve que l’aguerri galion sait s’affranchir des frontières et des récifs pour faire subir le supplice de la planche aux préjugés hâtifs. Les introductions pestent et grondent, régulièrement prises en chasse par les averses de la flûte, du violoncelle, et des saxophones. Les clapotis du piano prennent tendrement à revers l’auditeur grâce au travail de Bichon (JMPZ) et de La Fraise (Tambours du Bronx, Doppler). Enfin, les voix de Sara et Charlie assurent par alternance leur quart de garde, prouvant leur redoutable complémentarité.


Et alors que Alles is Durven évoque un tatouage néerlandais délavé qu’aborderait fièrement Semtazone sur son biceps, chaque nom de titre est, lui, réduit à sa forme la plus restreinte. La plus immédiate. « Horloge », « Silence » ou « Démons », ces contractions pourraient aussi bien être des chroniques vécues par le groupe que des noms d’embarcations de frères d’armes. Des mots communs dont le strict raccourci fait résonner ici un sens plus global, presque universel. « Bagdad », « Berlin », « Monterrey » ou « Londres » apparaissent, eux, comme des escales avant la tempête sonore, sorte d’avertissements avant « La Mort » inévitable. D’où l’écriture fiévreuse et l’envie d’y aller. Oubliez donc les veines tentatives de bouteilles jetées en pâture à une vague consumériste. Le nouvel opus marque dans son sillon un appel à les rejoindre en mer autant qu’il signe une ode à la vie destinée aux naufragés d’un même conflit. Une bouée, rien que ça, à laquelle il faut se raccrocher avant une nouvelle échappée. Encore et encore.

Dans ce nouveau douze titres enregistré fin mai au Château de Verchaüs (Ardèche), ce n’est ainsi pas la hargne d’un capitaine Achab, mais bien celle d’un Don Quichotte qui transpire par tous les ports. Pas un virage non plus ou un nouveau départ. Non. Un même cap. Une continuité parfaite de leur parcours qui s’attaque avec courage à la forme tout en conservant la richesse des fonds. L’aveu espiègle de rêveurs garants d’un butin aujourd’hui réhabilité. Des voyageurs à contre-courant, avec une liberté qui leur sied bien au teint.

Des indépendants. Ni plus, ni moins.


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Par Semtazone / Irfan Label
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Mardi 29 juillet 2008

Les pieds sentant le poney humide, l'haleine à vous décoller le papier peint, et les oreilles stockées aux objets trouvés... Le retour à la réalité est souvent difficile. Pour l'entourage, du moins. Dis, on recommence quand ?

Aussi étrange que cela puisse paraître, et sans réelle corrélation entre eux, deux leitmotivs ont dominé le festival : Jimmy Hendrix et les poils. Si, si. Et ce fut presque une compétition indirecte que se livra ici sur ce thème les différents artistes. Petit rappel des faits.

C'est Motörhead qui lança tout d'abord l'assaut Hendrix. Ancien roadie de l'incandescent guitariste, Lemmy en conserve un couteau qu'il ne quitte jamais. Un argument dont le tranchant fut malheureusement pris de vitesse par les ZZ Top. Première partie d'Hendrix à New York dans les années 70, son leader Billy Gibbons - proclamé « guitariste américain le plus talentueux » par le protagoniste - s'était vu offrir en récompense une Stratocaster rose. L'objet, s'il ne fut pas exhibé sur les terres de Kerampuilh, a pourtant terrassé psychologiquement les adversaires à la manière d'un grigri tribal. Par ailleurs, soulignons tout de même pour l'effort, la courageuse tentative de remontée des ex-Matmatah. Leur « Marseillaise » orageuse et électrique fut l’ultime référence à l'hymne US du maître de Woodstock. Malheureusement pour eux, les Texans avaient déjà entrepris une belle échappée, laissant leurs poursuivants loin dans le rétro de leur Hot Rod Twingo.

Même constat pour les poils. La lèvre fournie de Lemmy avait de quoi battre tous ses prétendants au titre, assurant avec crédibilité son cotât viril d'une respectable ancienneté. Même le sautillant Gogol Bordello et sa moustache, avec pour botte secrète le retour de la coupe mulet en guise de diversion, s'avérait en être un fidèle héritier. Idem pour l'essai de Maion et Wenn, chantant « L'amour, avec du poil autour... » Rien n'y a fait. Ils sont venus. Ils sont velus. Ils ont vaincu... Dans ce domaine, les ZZ Top ont su encore une fois remporter la bataille. Damned !

Mais alors que les jeux semblaient définitivement joués devant un équipage de 215 000 moussaillons, The Hives a réussi le pari d'en changer les règles et de s'aventurer en hors-piste. Je-m'en-foutistes à souhait et imberbes (un comble !), l'armada du Nord a prouvé que la Suède s'y connaissait en pillage. Question d'ancêtres. Car ici, pas de doutes, le butin est bien gardé. Et qu'importe l'outrageuse disqualification dans ce combat Hendrix Vs poils, au fond, le rock a toujours triché.

Voyous rockeurs ? Non. Pirates. Définitivement.


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