Jeudi 1 mai 2008
Derrière l’apparente facilité du scénario - une équipe de journalistes, chargée de suivre le quotidien nocturne de pompiers barcelonais, se retrouvent au centre d’une intervention qui tourne rapidement au drame - le film se révèle d’un effrayant réalisme grâce à son mode « caméra au poing ». Si efficace que les américains en éditent un remake pour fin 2008.

Récompensé trois fois au festival du film fantastique de Gérardmer, [Rec] est né de l’idée de la matérialisation d’un cauchemar crédible, s’étendant en flux tendu pour maintenir le spectateur en haleine. Mission réussie pour les deux réalisateurs Jaume Balaguero et Paco Plaza qui ont ainsi puisé dans la télé-réalité et dans des jeux vidéo de survival horror. La première bande annonce avait déjà provoqué le buzz, ne dévoilant aucune image du film, mais la réaction de ses spectateurs filmés en caméras infrarouge. L’initiative avait alors déjà alerté sur sa forme. Et si cette forme évoque logiquement Projet Blair Witch, le lointain Cannibal Holocaust ou le mitoyen Cloverfield, [Rec] fait une plus grande part à l’improvisation, ne confiant que des scripts incomplets aux acteurs afin de conserver un certain dynamisme naturel et un sens du réalisme.

Le film espagnol exploite au mieux son principe subjectif et anxiogène : les protagonistes s’attaquent directement aux spectateurs tandis que l’unité de lieu renforce la promiscuité. Le tout a des allures de train fantôme qui emprunterait ses recettes à Résident Evil ou Silent Hill (obscurité, énigmes, immuabilité). En effet, le spectateur se rend très vite compte que le destin doit s’accomplir et est noyauté par niveau. Mieux, que les principes d’articulation et le traitement effectué sont plus importants que la cohérence de l’histoire (pourtant estimable). Et, malgré les emprunts réguliers à Romero (maître des zombis), l’effet obtenu par l’absence de moyens souligne la relative intelligence du film face à la surenchère de blockbusters du type I am a Legend.

On ressort donc à la fois stressé et euphorique de ces 90 minutes sous tension. Un film qui malheureusement risque de rester inaperçu en raison de son amalgame avec d’autres avatars adolescents. Pour autant, il est vrai que [Rec] n’invente rien, ou peu, mais le film ne se permet ni temps mort, ni excès d’hémoglobine. La situation est limpide (contrairement au Projet Blair Witch) et ne souffre pas d’une caméra épileptique. La psychologie des personnages n’est pas poussée mais suffisante pour comprendre la paranoïa qui s’empare d’eux et pour partager leur angoisse. Sans nul doute, l’un des meilleurs films d’angoisse de cette année pour ceux qui sauront s’accommoder de la forme et de la version originale.


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par Cinextenso
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Mardi 29 avril 2008

Le premier long-métrage de Jan Bonny a bénéficié d’une première mondiale au festival de Cannes dans la catégorie Quinzaine des Réalisateurs. En consacrant son sujet à la violence conjugale exercée sur les hommes - fait méconnu et sous-estimé - le réalisateur rappelle l’une des fonctions premières du cinéma au-delà du simple divertissement : interpeller et provoquer la réflexion.


Georg est un policier allemand, reconnu pour son apparente stabilité. Pourtant, sa vie conjugale bat de l’aile. En effet, lui reprochant sa lâcheté et sa constante empathie, sa femme Anne le bat dans l’intimité. Une situation inavouable socialement par Georg qui lui reste tristement fidèle. Le film se résume donc à une confrontation directe au sein même d’une intimité qui a su depuis longtemps s’isoler de l’extérieur. Pas étonnant de constater que la production du film fut confiée à Bettina Brokemper (Lars von Tier, Thomas Vinterberg). Sans renouvellement du cinéma réaliste, le sujet touche par son traitement classique et sans surenchère. L’absence d’artifice permet au contraire de mieux s’interroger en évitant le racolage et la généralisation du propos. Ici, la complaisance n’a pas sa place et les protagonistes ne sont pas manichéens pour autant, laissant libre le jugement du spectateur. La domination et l’humiliation font alors face sans que des mots puissent l’expliquer, constituant une des grandes réussites de ce film.

L’un
Le choix des acteurs est pertinent dans leur apparente banalité. Leurs physiques savent ainsi s’extraire du statut de victime. Impression renforcée par l’urbanisme vieillissant d’une Allemagne qui vit perpétuellement son deuil. L’homme affronte ses peurs silencieuses, encerclé par sa vie professionnelle (rivalités jalouses entre collègues) et sa vie personnelle (une femme névrosée d’une angoissante réalité, le chantage affectif de la belle-famille, des enfants déserteurs) que fera voler en éclat une promotion sociale. Seul, Georg s’enferme dans un jeu d’arcade pour pleurer dans une sublime métaphore du cocon qu’il ne fera partager qu’à une collègue tentatrice.

L’autre
A travers des regards, des gestes, le spectateur identifie notamment au fur et à mesure le manque de reconnaissance parentale d’Anne. Le personnage se déteste tellement qu’elle exerce un transfert évident sur son entourage. Mais si les coups sont accentués, l’histoire ne connaît pas le paroxysme qu’elle pourrait le laisser supposer. Au contraire, la folie se lit davantage dans les yeux de Anne que dans son hystérie. Là encore, le film ne se veut pas grossièrement démonstratif et parvient ainsi à nous atteindre et, comme son protagoniste, à nous blesser.


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Hommes battus


par Cinextenso
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Mercredi 16 avril 2008

Qu’elles soient positives ou non, les premières fois ont toutes en commun une dimension indélébile, sorte de passage initiatique à l’âge adulte où la fierté du groupe rencontre la timidité introspective. Le film, par sa douce transgression et son action en suspension, a fait de sa sincérité l’une des plus belles surprises de l’été 2007.

 

Le sujet de Céline Sciamma offre un deuxième regard sur la sexualité des teenagers, peu après le « Et toi t'es sur qui ? » de Lola Doillon. Initialement prévu pour n’être qu’un projet de fin d’études à la Fémis, c’est le réalisateur Xavier Beauvois (« Le Petit Lieutenant ») qui conseille finalement à Céline Sciamma de porter le scénario sur grand écran. Un bienfait car le film sera par la suite présenté à Cannes en 2007 dans la section Un Certain Regard et nominé 3 fois aux Césars. L’idée initiale repose sur les propres désirs confus de la réalisatrice, mêlés à l’imagerie kitch, nostalgique et féminine de la natation synchronisée. Trois amies adolescentes de 15 ans, Marie, Anne et Floriane vont toutes, chacune à leur manière, être en proie à l’initiation sexuelle. Chroniques d’une première fois inoubliable, le temps d’un été, où s’affrontent le regard de l’autre, l’insouciance et la découverte de son corps.

Contexte
Le film s’inscrit dans un sentiment constant d’intemporalité : absence de technologies contemporaine, de références datées ou de mode vestimentaire. Si quelques rares adultes apparaissent, les parents, eux, n’ont pas leur place ici. Ces adolescentes semblent ainsi livrées à elles-mêmes, illustrant au mieux le microcosme solitaire dans lequel navigue cette tranche d’âge. Cergy (Val d’Oise) sert également la langueur ambiante par sa juxtaposition de structures architecturales. Partant de ce fait, la piscine s’impose par son espace ouvert et esthétique, autant que ses sons étouffés en font un huit clos psychologique. Car, plus que jamais ici, le lieu fait office de métaphore parfaite du dévoilement et de l’exultation des corps, de l’introspection personnelle et de la moiteur des désirs.


Contenu
« Naissance des Pieuvres » impressionne par son condensé d’émotions, laissant une grande importance aux silences. La justesse de l’interprétation taillade les sobres plans de plafonds et les rêveries aquatiques. Dans les regards, les attitudes et les souffles, le spectateur devine sans peine les intentions des protagonistes entre l’angoisse de la norme, le soucis d’intégration, l‘affirmation et la découverte de soi. La distance imposée ne sombre jamais dans le voyeurisme facile ou l’intrusion violente, même face au saphisme. Et malgré quelques allégories, la franchise qui y domine extirpe le traitement du sujet des autres ambitions du genre. En témoigne la fraîcheur des premiers essais de Floriane et Marie présentes sur le Dvd. La musique du producteur de TTC est audacieuse, presque contemplatrice face à l’intrigue. Les tâtonnements apportent une grande crédibilité au sujet et n’autorise aucun jugement adulte. La morale amoureuse ne faisant pas loi, le non-dit dévoile plus que la parole, rendant caduc l’habituel teen movie abonné aux blagues potaches ou ses clichés mode. Un film juste, troublant et efficace qui renvoie à sa propre expérience.


Dvd

Le travail de numérisation sert ici magnifiquement le film par son approche contrastée et mesurée. L’unique piste Dolby Digital 5.1 offre une assise importante et dynamique à la bande originale. Un plus, tant les envolées électro, les respirations et les ambiances aquatiques ont leur place dans l’axe narratif. Les menus aussi prolongent l’esthétisme de l’affiche et du générique et participent de ce fait à la mise en place de l’univers visuel. Si l’on peut regretter la présence des traditionnelles bande-annonces et photographies de tournage, on prend plaisir à découvrir quelques scènes coupées et les premiers essais des comédiennes. Et c’est là tout l’intérêt de ces suppléments : on découvre peu à peu la tension et l’ambiguïté qui règnent entre les deux protagonistes, sans le moindre artifice stylistique. Même les scènes coupées laissent entrevoir les choix de la réalisatrice (suppression des signes de caractères trop évidents), préférant le soin au spectateur de se faire sa propre opinion sur les personnages. Des bonus qui préfèrent donc jouer la qualité plutôt que la qualité. Cohérent.


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par Cinextenso
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Lundi 3 mars 2008

Olivier Marchal, l’homme qui a su dynamiser un polar français sclérosé par ses téléfilms, est de retour. L’intégrité et la vengeance concluent ainsi ce cycle au royaume des flics entamé avec « Gangsters » en 2002. Un film noir, certes, et à la photographie surexposée, mais qui préfère parfois la dualité esthétique à une véritable unité viscérale ou malsaine.

MR73.jpgLouis Schneider, flic au SRPJ et meurtri par des névroses obsessionnelles, mène une enquête sur un tueur en série marseillais. En parallèle, Justine renoue soudainement avec son passé lorsque Charles Subra, l’assassin de ses parents 25 ans plus tôt, risque d’être libéré de sa perpétuité pour bonne conduite. S’en suivent alors deux destins solitaires et blessés qui, une fois réunis, vont tenter ensemble de faire face à leurs drames familiaux. Et du passé, il en est autant question dans le fil rouge du film que dans le casting initial. A l’origine prévu pour Jean-Paul Belmondo, puis pour Gérard Depardieu, c’est finalement Daniel Auteuil, l’acteur le mieux payé du cinéma français, qui s’est vu offrir le rôle principal. Le titre du film fait d'ailleurs référence à l’arme de poing calibre 357 Magnum des ateliers Manurhin. Sorti en 73, ce six coups d’une grande précision est avant tout utilisé par des unités d’élite comme le GIGN ou le Raid. Un symbole de plus d’une police révolue auquel s’attache à décrire Olivier Marchal. Une nostalgie qui contraste cependant avec la stratégie de communication des studios qui ont invité une vingtaine de blogueurs influents pour assurer la promotion du dernier volet de cette trilogie.

Pose ton gun

« MR-73 » marque en premier lieu par son étrange résonance sur les problématiques perpétuité/récidive face à la rédemption et l’oubli développées récemment par Rachida Dati. Mais ce ne sont pas les seules évocations d’un cinéma du réel. Au-delà du scénario inspiré d’une histoire vraie, Olivier Marchal semble se cacher dans l’ombre de ses personnages. Tout d’abord sur le fond, l’institution et la morale bafouée écrasent ses garants dont le sacerdoce est donné en pâture aux guerres internes. Les affaires n’y sont jamais classées éternellement, se rappelant aux souvenirs de la mémoire ou de l’administration. On reconnaît aussi Marchal dans le traitement de l’intrigue, accumulant les personnages décalés et mal rasés, trahis par les siens et inhalant assez de fumée pour affoler n’importe quel ministre de la Santé. Attention cependant, une erreur s’est glissée dans une séquence, laissant un Daniel Auteuil allumer sa cigarette à l’envers.

Olivier-Marchal.jpgDouble détente
Il surgit alors un diptyque intéressant avec le précédent « 36 quai des Orfèvres » : la confrontation Paris / Marseille, l’ange déchu et le ripou, l’action face au mal qui ronge. Même la fin du film n’échappe pas à cette lecture binaire offrant la vie quand la mort en vole une. Pour autant « MR-73 » laisse entrevoir un aspect de la vengeance relativement différente. Il s’agit d’avantage ici d’une lutte – alcoolisée et obsessionnelle - pour l’éthique qu’une simple revanche personnelle. Et si le dynamisme fait parfois défaut au profit du réalisme, en témoigne la violence suggérée des scènes de crime, Olivier Marchal démontre qu’il maîtrise son univers. Lumières blafardes, caméra à l’épaule, entrepôts désaffectés, grain parfois abîmé de l’image… La patte du maître est bien présente. Son épouse, Catherine Marchal, se révèle être une beauté froide crédible, tandis que Guy Lecluyse, injustement connu pour sa voix dans l’émission « Motus », s’avère être ici un sbire malhonnête des plus impeccables. Quant à Daniel Auteuil, il joue sa partition sans véritable surprise mais sans fausseté, car on lui savait capable de la prestation au vu de ses précédents rôles.

En conclusion,
« MR-73 » est un film noir et honnête, qui souffre malheureusement de la comparaison avec son prédécesseur, mais qui n’en fait pas pour autant un objet inintéressant. Reste que l’on regrette parfois une bande originale à peine angoissante de la part de Bruno Coulais (« Rivières Pourpres », « Les Choristes », « Brice de Nice »), une exploration psychologique sans réelle profondeur et un cadre nocturne peu appuyé, afin que le film atteigne enfin ses ambitions de départ.

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Vendredi 18 janvier 2008

La sixième collaboration entre Tim Burton et Johnny Depp signe une comédie musicale sanglante, récompensée par deux Golden Globes. Une fresque esthétique incroyable, inspirée par la pièce d’Harold Prince, qui risque de laisser malgré tout perplexes certains profanes.

Sweeney-Todd.jpgC’est l’histoire de ce barbier sanguinaire figé dans la culture populaire. Un barbier anglais du début du 19ème siècle qui tranchait la gorge de ses clients et se débarrassait de leurs corps avec la complicité de sa maîtresse Ms Lovett. Une légende popularisée par Thomas Beckett Prest (« The String of Pearls »), puis par la comédie musicale de Stephen Sondheim en 1979. Un mythe qui a même à la fois inspiré Charles Dickens dans ses « Contes des Deux Villes », un film en 1936 ou encore deux téléfilms (John Schlesinger en 1998 et David Moore en 2006). Et si le projet de Burton commença en 2001, d’autres voulaient également s’essayer à l’exercice comme Alan Parker ou encore Sam Mendes (avec Russell Crowe dans le rôle titre).

Ce qui marque au premier abord, c’est le réalisme des décors londoniens, sans utilisation outrancière des effets spéciaux. Tout y est noir, sali et brumeux. Les personnages, entre physique cabosé et prostituées, évoluent sur le pavé humide dans une ambiance industrielle cannibale. Et dans cette palette des gris, le sang obscène des victimes exerce un vif contraste volontaire. Le climat est austère et sombre pour mieux servir cette tragédie classique sur fond de vengeance, d’amour et de pulsions passionnées. Les assassinats n’épargnent aucun détail, donnant aux actes des giclées d’hémoglobines japonisantes (en attendant la version longue du film jugée plus gore). Et qu’importent les prises de liberté avec la comédie musicale initiale, « Sweet Todd » est très certainement l’un des plus beaux films de Tim Burton. L’esthétisme y est presque naturel et d’une très grande cohérence avec le reste de la filmographie du sombre réalisateur américain. De quoi ridiculiser « Vidocq » ou les anciens épisodes de « Chapeau Melon et Bottes de Cuir ».

Côté distribution, nous ne pouvons que regretter l’annulation de Christopher Lee (Dracula, Scaramanga, Comte Dooku ou Saroumane) qui avait véritablement sa place dans cet univers ténébreux. Sacha Baron Cohen y offre un personnage déjanté dans la verve de son Ali G et de Borat. Alan Rickman retrouve le charisme cynique qui l’avait fait connaître dans « Piège de Cristal » (Die Hard), bien loin de son rôle sous-exploité du professeur Severus Rogue dans la saga Harry Potter. Enfin, le casting est naturellement clôturé par Helena Bonham Carter, l’actuelle muse et femme de Tim Burton, aussi pâle que jamais. Tous, sans exception, ont accepté de pousser la chansonnette à contre-emploi de leurs prestations habituelles.

Sweeney-Todd-2.jpgEt concernant Johnny Depp ? Il subsiste des acteurs que l’on prend plaisir à voir jouer avec leur maître : Danny Boyle et Ewan Mcgregor, Guy Ritchie et Jason Statham, Quentin Tarantino et Uma Thurman, Cédric Klapisch et Romain Duris, les frères Coen et Steve Buscemi, John Carpenter et Kurt Russel, etc. Le compagnon de Vanessa Paradis fait parti de ceux-là. Un acteur qui se surpasse entre les mains de son marionnettiste... Cependant, Johnny Depp, en proie à une grande inventivité, est par ailleurs condamné aux rôles lunatiques qui ne vieillissent jamais. Un art dans lequel il excelle, mais dont les nuances commencent étonnamment à être prévisibles : mimiques des lèvres, déplacement saccadé dans l’espace, jeux de mains, … Malgré tout, l’acteur propose un personnage tourmenté, enfermé dans le ralenti et dont les sourcils restent éternellement affaissés. Une sorte de best-of de ses personnages d’antan pour notre plus grand plaisir, d’où s’extirpe une violence infantile et introvertie.

Enfin, le traitement de l’histoire en comédie musicale est affaire de goûts et se discute indéfiniment. Si l’objet est singulier (une comédie musicale sanglante), certains spectateurs peuvent néanmoins regretter le répertoire utilisé. La chanson narrant le pacte entre le barbier et sa maîtresse est d’un humour noir saisissant, remportant facilement l’unanimité. Pour le reste, les nombreuses cassures de rythmes, la longueur des interprétations et la lourde orchestration (64 musiciens) ne rendent pas immédiatement assimilables les mélodies. Difficile donc de chanter avec les protagonistes ou d’en ressortir avec une des chansons en tête. Ce qui, en soit, est normalement une des missions d’une comédie musicale…

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Vendredi 1 juin 2007

Deuxième volet du diptyque GrindHouse entamé par Quentin Tarantino (et son « Boulevard de la Mort »), le film de Robert Rodriguez, entre hommages et délires, s’attaque ici au mythe du zombi. Au bord de la frontière mexicaine, un virus militaire et volatile a transformé une partie de la population en « sickos ». La population est décimée à coups de crocs. La police locale se fait alors aider d’une femme unijambiste à la jambe-mitraillette et de son petit ami karatéka.

Grind-House.jpgLa mort vous va si bien
La saga évoque les films diffusés dans les Drive In américains. Si la première partie « Death Proof » joue les road movies meurtrier (« Duel », « Hitcher ») avec de grandes parties réservées aux dialogues, « Planète Terreur » épargne ici le blabla pour taillader directement la chair sanguinolente. Et contrairement au principe (4h de diffusion avec entracte), les producteurs et frères Weinstein ont préféré découper le film pour les pays non-anglophones peu habitués à ce genre d’exercice. Pour la bande originale, ce devait être au départ John Carpenter (« New York 1997 », « The Thing ») qui devait s'en occuper. Finalement, c'est Robert Rodriguez qui s'y colle (comme dans « Spy Kids », « Kill Bill 2 ») jouant sur une palette entre heavy metal motard, guitare solo saturée et ambiance mexicaine kitch. Pour le casting, le réalisateur s’est d'ailleurs offert une pléiade de guest-stars : Eli Roth (réalisateur de « Hostel »), Michael Biehn (« Terminator »), Naveen Andrews (le Sayid de « Lost ») et même un Bruce Willis en militaire.

Simulacres à la tronçonneuse
A trop vouloir sombrer dans le gore d’antan en privilégiant les faibles scénarii pour rester dans le ton, on en oublie parfois la compréhension du spectateur. Les références sont bien sûr nombreuses et malicieuses, mais l’action trop rapide ne favorise pas l’installation d’un climat de stress et d’angoisse. Au contraire, tout s’enchaîne à la moulinette sans prévenir et repart comme si de rien n’était. C'est fun, mais il y avait moyen de réactualiser le mythe. Et même passé le coup de l’ellipse temporelle (« la pellicule a brûlé ») qui s’avère très drôle, on éprouve une nouvelle fois de la difficulté à rattraper le fil. La classique et amusante scène de sexe entre le karatéka et l’unijambiste aurait pu être de la même manière traitée de façon plus malsaine et dérangeante. Rappelons-nous de la tortueuse tétraplégique de « Crash » (Cronenberg)... Un moment anthologique aussi glaçant que second degré ! Bref, l’intervention loufoque de Tarantino résume l’esprit général : les deux réalisateurs sont avant tout là pour se faire plaisir et respecter les faiblesses du genre.

Planet-Terror.jpgBand of the dead
L’effet visuel est saisissant ! Car afin de respecter l’ambiance désuète propre au style, Rodriguez a tenu à vieillir son film en voilant et en imprimant un grain sur les images. Et rien que l'introduction du film marque le ton, nous plongeant direct dans l'ambiance en modernisant le code d'honneur japonais à travers un sacrifice de testicules. La distribution est joyeusement manichéenne et n’épargne aucun cliché, notamment l’astuce de cette unijambiste-mitraillette (comment fait-elle pour tirer toute seule ?) et un final jouissif sous le signe de l’espoir patriote. Le traitement n’épargne rien ni personne, faisant exploser les corps dans un feu d’artifice sanglant digne des productions nipponnes. Enfin, autre géniale trouvaille : l’intégration de fausses bandes annonces. Servis par un Rob Zombie déchaîné (« Halloween 9 », « Devil’s Rejects ») ou encore un Edgar Wright (« Shaun of the Dead »), ces spots laissent entrevoir un justicier abusant de la machette (« Machete ») ou un pastiche de la maison hantée (« Don’t »). 

En conclusion, Planet Terror nous offre un nanar chargé aux explosions d’hémoglobines, aux effusions de dialogues virils et nourri aux clichés américano-mexicains. Un régal pour geeks ! Certainement l’un des films les plus aboutis du tandem. Assurément l’un des moins accessibles au plus grand nombre. Et tant mieux !


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Lundi 7 mai 2007
L’expression, traduite en France par « caïd », en dit déjà long sur l’opposition classique entre la traduction française et la version originale. Mais est-ce tout ? Les différences culturelles sont nécessaires pour relativiser nos valeurs, mais apportent un décalage dans la compréhension d’un film : patriotisme, surenchère, religion… Et ce n’est pas tout. Car en France, non, un blockbuster n’est pas automatiquement et logiquement un chef d’œuvre. Ouf.

Spiderman3.jpg
Les qualités
Le troisième volet de la trilogie Spiderman est sans doute le meilleur. Le réalisateur Sam Raimi reprend ses droits et, sans bien sûr intégrer la dimension gore propre à sa filmographie, arrive à introduire beaucoup plus d’humour. A travers la caricature romantico-vaniteuse des Français, le caractère lunatique du rédacteur en chef ou les danses endiablées de Peter Parker, les scènes sont dynamisées. Côté cadrage, l’action s’enchaîne pour une fois rapidement, nous épargnant les longs passages romantiques et juvéniles du Spiderman 2. Les mêmes qui avaient provoquées une saturation dans la nouvelle trilogie de Star Wars. Les mouvements brusques de la caméra permettent aussi heureusement de ne pas se focaliser sur les nombreux fonds bleu et images de synthèse. New-York est elle un peu mieux exploitée dans son traitement et dopée par la magnifique partition de Danny Elfman. Enfin, l’apprentissage de la célébrité et de l’humilité par Spiderman est une notion intéressante dans un super héro en devenir.
 
Les défauts
L’astuce scénaristique de confondre plusieurs histoires et méchants apporte une dimension bienvenue, qui aurait d’ailleurs dû apparaître dès les épisodes précédents. Seul hic, et ce certainement en raison des sonorités voisines utilisées par Elfman, la comparaison avec Batman est constante. C’est d’ailleurs du côté de la maturité de ce dernier que l’homme-araignée aurait dû s’inspirer. Si les sanglots du super héro révèlent son côté humain, ils trahissent par la même occasion son statut pubère. Surtout face à des méchants pas si sadiques que l’on veut nous le faire croire. Et même sa mèche stylisée « Tokyo Hôtel » / « Indochine » en dit long sur ses capacités rebelles. La fin nous offre une suite d’inepties adolescentes avec un florilège de dialogues creux et un retournement de situation aussi prévisible que l’aide apportée par Han Solo. Un comble, quand on aperçoit un Spiderman posant devant un drapeau américain (pourtant propre aux Comics) et s’exposant devant une foule en liesse. Un événement que l’on n’avait pas revu depuis Gostbusters... Enfin, la conclusion mélange images de la « piéta » et couplet religieux sur la rédemption et le pardon.

Bref, quand l'extrême attention des Français sur les scénari s'affronte avec l'excédent américain pour les effets spéciaux, cela fait forcément des étincelles et un système de critères différent. Quand on vous disait qu’il y avait un décalage…


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Dimanche 22 avril 2007

Ils sont en guerre ! Décidés à reprendre le pouvoir aux Etats-Unis, les Evangéliques organisent des camps de vacances pour enfants afin de former une future génération « spirituellement pure ». De l’effigie de George W. Bush qu’il faut embrasser jusqu’aux manifestations anti-avortement, le processus est en marche... Nominé aux Oscars 2007, le documentaire de Heidi Ewing et de Rachel Grady (« The Boys of Baraka ») arrive tout juste en France.

Le mouvement évangélique est une branche protestante qui possède 5 fondements : le biblicisme ( la Bible est la seule autorité), le crucicentrisme (seuls ceux qui croient que Jésus-Christ est mort sur la croix à la place de l'homme pêcheur seront sauvés), l'engagement militant (évangélisation des autres), la conversion (la « deuxième naissance » par le baptême) et enfin la pratique culturelle (exprimer sa foi avec spontanéité et émotivité). Ils représentent 38% de la population américaine, soit entre 80 et 100 millions de personnes. Aux élections présidentielles de 2004, les Evangéliques détenaient 53% des suffrages exprimés en faveur du président actuel, lui-même chrétien évangélique. Le documentaire filme ici des évangéliques pentecôtistes et « charismatiques », un mouvement radical en forte augmentation notamment connu pur ses actes de guérison.

Holly colonies de vacances
Dans « Jesus Camp », on change d’humeur au fil des images : dégoût, rire jaune, incompréhension… On est stupéfait par cette idéologie qui sévit dès l’enfance et on imagine sans peine le choc des cultures que va engendrer cette génération à l’âge adulte. Le film suscite donc la réflexion et le questionnement à travers le parcours de Becky Fishern, pasteur pour enfants et directrice de Kids in Ministry International. En fil rouge, on aperçoit l’avocat et animateur d’une radio chrétienne Mike Papantonio, s’opposant à ces pratiques. Le montage est intelligent avec notamment quelques cadrages astucieux et parfois même métaphoriques. Sans commentaire, ni voix off, la vérité n’est pas aussi abrupte que dans l’émission Strip-Tease. Au contraire, le film tente d’être le plus objectif possible, même si certains passages volés trahissent la pensée de l’auteur.

Une croix sur la morale
Il s’en suit une succession de scènes provoquant la stupeur. L’endoctrinement est assumé et affiché sous prétexte que certains camps radicaux de l’Islam utilisent les mêmes techniques de lavages de cerveau pour les 7-9 ans. La plupart de ses enfants sont instruits à la maison en pleine autarcie. On leur apprend l’histoire d’Adam et Eve, le refus du réchauffement climatique car le Seigneur reviendra les sauver, à se méfier de la Science , d’Harry Potter et du Diable sur fond de patriotisme pro-Bush. Certains de ces enfants prêchent eux même, écoutent du Heavy Metal chrétien, portent des bracelets rouges HWJC (« How Would Jesus Compete ? ») et pleurent de toutes leurs larmes pour lutter contre l’avortement.

La Passion du Christ
Un constat douloureux et instructif pour le spectateur. Les dérives que peuvent prendre ici la religion signent une approche binaire et l’aveu du génocide moral dont est acteur une partie de la classe moyenne américaine chrétienne. Les témoignages sont clamés avec une sincérité si authentique, qu’ils vous glacent le dos à la manière d’un film d’horreur. A une époque où la communication et l’image explosent dans notre société, ces radicaux se battent désormais à armes égales. Et, de manière cinglante, le film se conclue par une victoire des Evangéliques : la nomination à la tête de la Cour Suprême des Etats-Unis du juge intégriste Harriet Helen Miers. La guerre est commencée… 

par Cinextenso
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