Vendredi 30 mai 2008

Dandysme incandescent, électro sautillante et new wave éméchée… Le 2ème opus du quinquet parisien confirme que le rock peut encore surprendre le dancefloor, et inversement. Après quelques amorces sur David Lynch, les films nanars ou les bars parisiens, rencontre avec le crooner trash Nicolas Ker et le soundwriter destroy Laurent Bardainne.

Comment s’est réalisée la signature avec le label Tiger Sushi ?
Laurent :
Venant du jazz, nous avions le fantasme de jouer du rock. A l’origine, nous avions une formation trip-hop chiante du nom de Crépuscule, avec une chanteuse. Vu que nos nouveaux morceaux sonnaient new-wave, on a donc tenté de se rapprocher de The Record, mais le patron du label est un filou. Il nous a orienté vers une fausse adresse et nous sommes tombés par hasard sur Tiger Sushi. (Rires) On a ensuite passé une annonce pour un chanteur. Je crois même que j’ai encore la lettre de présentation de Nico !

Qu’est-ce qui a évolué avec ce 2ème album ?

Nicolas :
Nous avions une volonté pop. Un « Poni Hoax for sale » avec une collection de singles, juste pour le fun ! (Rires) Etant donné que certains viennent du conservatoire ou du funk, il y avait de la rigueur et tout s’est mis en place rapidement
L :
Le leitmotiv était la danse, même si Nico déteste danser. Quelque chose qui tienne la route, à côté d’un batteur qui joue avec Rokia Traoré ou d’un guitariste qui voulait de la noise. Finalement, en écoutant les Daft, je me suis rendu compte que l’on pouvait faire une musique subtile et danser dessus sans complexe. C’est devenu une évidence et il ne nous a fallu que 3 répétitions pour rentrer en studio.

Au vu de votre musique, êtes-vous nostalgiques ?

L :
Les Stones et les Doors sont notre seul compromis dans le groupe, même si on ne peut pas nier des influences comme The Cure, ou Daho… Mais oui, ce n’est que l’accident qui peut créer l’inédit.
N :
J’ai fait Math Sup et je peux vous dire que rien n’est stable, même dans les mathématiques. La Science, c’est le doute permanent.

D’où vient l’idée du personnage de Sigrid qui donne son nom à l'album ?
N :
C’est une nana mannequin, que nous croisions souvent dans les expos. De là est venu l’idée d’un thème général sur la surconsommation de culture et de communication.
L :
Et puis, c'est un nom qui claque ! De manière symbolique, Sigrid est d'ailleurs venue faire les chœurs sur un de nos morceaux. Nous voulions parler de la solitude des gens dans les grandes villes et Nico était célibataire à l’époque... Aujourd'hui, on a tous une obligation de bonheur et une addiction aux moyens de communication, style e-mails et SMS. A New-York, je me suis senti seul au monde…
N :
C’est dingue ! Pour qu’ils se parlent, il faut une interface entre les individus. Le besoin d’un objet transitionnel. Je pense que les gens devraient pousser le trip à donner des noms d’animaux à leurs objets. (Rires)

Vous avez besoin d’une thématique par album ?
N :
Ca permet d’ouvrir les vannes. Il n’y a pas de libertés sans contraintes. Les textes à thèse, j’essaie de les ouvrir à l’interprétation, de la même manière que Lynch a un rituel strict et se laisse porter par l’inconscient collectif. C’est le ressenti personnel qui en oriente ensuite le traitement. Le matériau de base n’existe pas. Seul l’esthétisme est maîtrisé ! Le temps est linéaire : tout procède par plagiat. On ressasse les mêmes thèmes et la nouveauté est une illusion progressiste.

Comment expliquer votre récente surexposition ?

N :
Les mauvaises critiques nous font aussi rire. Par exemple, il y a un blog qui a dit que nous avions des têtes de Pow Wow. J’ai trouvé ça génial ! (Rires) C’est notre côté masochiste. On considère que c’est déjà cool qu’on parle de nous, et sans égocentrisme. On n’est pas successible.
L :
Le côté hype vient de notre label électro. Pourtant, si nous traînons au Paris Paris, on traîne aussi dans les troquets du 18ème. Nous ne connaissions pas tous ces djs avant.

Comment appréhendez-vous les remixs de vos chansons ?
N :
Le remix de Chloé était une tuerie. Etant donné que la musique nous échappe à la base, il n’y a aucun problème pour que quelqu’un se l’approprie.
L :
C’est toujours hallucinant de voir que des titres écrits dans une chambre sont ensuite repris par d’autres. Par exemple, le remix de « Budapest » par Joachim était très touchant.

Quel regard porte les autres pays sur votre travail ?

L :
Nous avons beaucoup joué à l’étranger. Il n’y a qu’en France que les gens se prennent la tête sur notre anglais. A l’extérieur, on focalise juste sur le fait de faire un bon concert. C’est tout. Nous, pendant ce temps-là, et même si nous ne gagnons pas trop de sous, on voyage.

Réfléchir au prochain album, c’est se maintenir en mouvement ?

N :
On parle déjà du suivant parce qu’on s’emmerde. La pochette, les notes, le thème…
L :
C’est aussi pourquoi nous avons des projets parallèles. Sinon, je vais jouer à Wow. (Rires)
N :
Et moi à Call of Duty !
L :
C’est la phase la plus tripante, car le produit fini est très peu intéressant. Nous pouvons encore améliorer les lights et les clips. Et puis, quand je vois avec quelle galère nous débattons sur les photos, je me dis que c’est justement là que nous sommes avant tout musiciens...

De quoi parlera ce troisième opus ?

N :
De la guerre, mais sans sombrer dans la lamentation ! Je viens du Cambodge. Je suis un war baby. C’est vous qui êtes traumatisés, pas nous. En France, on est très protégé alors que la guerre est une valeur commune entre les peuples et les générations. Par exemple, je veux raconter l’histoire de cet ambassadeur américain en Iran qui baisait comme un fou le soir... La guerre, c’est aussi intime et la vengeance est contagieuse. Je pense aborder le thème à travers le déchaînement sexuel que cela provoque. C’est Léonard Cohen qui disait « La guerre a été faite par les vieux pour pouvoir baiser les femmes des jeunes. » (Rires)
L :
J’ai moi aussi une fascination pour la folie ultime. La guerre est un état naturel. Mais, ne vous inquiétez pas, nous allons crypter tout ça. Le pire, c’est que Nico est assez fort pour écrire un texte en une seule après-midi.
N :
La musique est préexistante. Quand on est disponible, pas besoin de batailler, toutes les influences se déversent d’un seul coup…

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par Longueur d'Ondes
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Mercredi 21 mai 2008

Manager, producteur, directeur de festival, fondateur de Life Live in the bar, premier soutien de La Grande Sophie, Louise Attaque, Sanseverino, Java, La Tordue, Anaïs ou plus récemment des Sea Girls… Quoi de plus normal de voir atterrir cette hydre - toujours aussi fantasque - à la tête du théâtre des 3 Baudets qui permit à Brel, Reggiani, Mouloudji, Gréco et Higelin de prendre leur envol. Ouverture à Pigalle mi-août. Rencontre.

Quel est le leitmotiv de votre parcours ?
Donner la parole à ceux qui ne l’ont pas et la chance à ceux qui l’ont. Pour moi, les gens injoignables n’ont pas de sens. Le jour où tu ne n’arrives pas à me choper pour me parler d’un groupe, c’est que je suis mort. (Rires) Et je ne suis pas directeur artistique ! Aucun compromis. Je pousse juste les artistes dans leurs retranchements. Finalement, je suis une caricature du milieu alternatif, mais je m’arrange bien avec mon personnage qui, au fond, me ressemble. Etant mon propre patron, je peux me permettre d’ouvrir ma gueule, me causant parfois quelques soucis comme avec Daniel Colling, le directeur des Printemps de Bourges…


Parents mélomanes ? Culture du fanzine ? D’où vous vient cet appétit pour le live ?

J’ai découvert sur le tard. A 18 ans, je suis en Angleterre à regarder Nick Cave dans un bar. 10 ans plus tard et sans le prévoir, je place les Louise Attaque au Palace. Je ne me l’explique pas. J’ai toujours eu ce côté : « Amenons le spectacle au public » d’une façon ludique. De mes expériences d’assistant sur les plateaux de cinéma - notamment pour Chabrol -, j’en garde le soucis du détail et de la mise en espace. J’aime les plateaux au garde-à-vous ! (Rires) Mais je ne suis pas un artiste frustré pour autant, vu que je m’exprime dans les arts plastiques. L’aspect militant t’oblige juste à être tout le temps en mouvement. Par exemple, ma maison, je n’y vais que pour faire mes lessives…


Pas si loin que ça du « Do it yourself » punk, non ?

Oui, en cours de musique à 12 ans, je refusais déjà d’assembler ma flûte à bec et d’en jouer… Ah ! Et à Burningham, je me rappelle taper les fafs anglais avec mes potes punks en plein quartier rasta avec de la ganja partout. (Rires) J’écoutais les Sex Pistols, B-52’s, du rythm ’n’ blues, Johnny Guitar Watson, Peter Tosh. C’était ma période post-Ferré. Mais bon, si je pars sur une île déserte, j’emporte un Henry Purcell, un vieux Nina Simone et un Reggiani. Pourtant, à part Jean Cocteau ou Lou Reed que j’aurais aimé voir sur scène, je ne cours pas forcément après les grands.


Existe-t-il en France un souci de sensibilisation du public ?

Incontestablement, mais il y a eu des efforts. Les médias sont saturés et l’Olympia ne représente plus un aboutissement. Là-bas, j’y ai d’ailleurs perdu la Grande Sophie... (Rires) Et puis, on ne peut parfois pas nier notre envie honteuse de régressif. Moi, je suis capable de programmer « Noemie chante Goldman » pendant une semaine ! Idem, je suis le seul à dire : « Mon salut, je le dois à Polnareff » grâce aux retombées de ses concerts exorbitants. Je suis content des bouses comme Star Ac’, parce que ça m’enrichit et que ça m’envoie tous les déçus. A ce propos, j’adore la phrase de Maya McCallum, ouvrant son concert sur : « Non à la dictature des musiques festives ! «  Génial... Je veux moi aussi pouvoir casser ces mythes, comme par exemple proposer un plateau chanson dans les férias…


Comment s’organise votre relation avec l’artiste ?
J’écoute peu les maquettes. Par contre, j’ai 3700 fiches sur tout le monde et j’ai besoin de voir 3-4 fois un artiste sur scène. Sur ces critères, Imbert Imbert est excellent : une gueule à la punk et une grande force émotive. Ce mec mérite 3 semaines chez nous ! Peu importe, on trouvera les solutions financières avec lui... Par exemple, du Didier Super : oui, mais assis ! La municipalité m’aide à perdre de l’argent et donc à prendre des risques. Profitons-en... (Rires) Et même si je dois couler avec, je ne démordrais pas sur certains artistes comme Lili, Thérèse ou encore
Katrin' Waldteufel. Je pourrais partir sur une île déserte avec chacune d’entre elles… La seule chose que je déteste, c’est l’humour potache…

Avec le réseau parisien déjà existant, comment les 3 Baudets vont-ils trouver leur place ?

Je ne vais pas avoir l’audace de faire une vitrine gratuite comme la Fnac. A ce propos, leurs shows cases semblent n’interloquer personne, pas même le Ministère et ce, malgré le principe non éthique que cela induit. Non, je veux pouvoir donner la chance à ceux qui ne l’ont pas eu comme Nicolas Jules ou Travis Bürki. Chez nous, nous avons de la place et on se moque qu’il existe ou non un album physique. Assurant nous-même notre communication, les 3 Baudets seront comme un label « francofaune », programmant du festif jusqu’au dépressif. C’est un animal de plus dans une capitale cernée par La Cigale, Le Chat Noir, Le Zèbre de Belleville, Les 2 Anes ou encore La Fourmi. Sinon, nous avons un salarié dédié exclusivement à une mission de jumelage international autour de la francophonie. Et, dernier rendez-vous à noter, notre futur festival « French Kiss My Ass » avec des groupes anglophones ou japonais qui chantent en Français. Yeah !

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Vendredi 9 mai 2008
Lunettes fumées, chaussures en cuir, cheveux en bataille et aussi mythique que certains groupes présents dans l'Espace Presse de Rock en Seine 2007... Pas de doute, c'est bien le rédacteur en chef de Rock&Folk qui se tient là, observant, amusé, les artistes qui défilent en conférence de presse.

En vieux rocker, quel regard portez-vous sur le festival ?
C'est une chance ! Paris, la ville lumière, s’était déjà essayé à l’exercice du festival rock il y a quelques années au Parc des Princes, avec une affiche réunissant aussi bien les Rage Against the Machine que NTM. Malheureusement, personne n'est venu. Mais la nouvelle génération est différente. Je reviens de 3 festivals et c'est fou de voir ces gamins avoir autant besoin de lives. D'autant que l'affiche ici est intéressante. Ca change de Muse et Artic Monkeys que l'on a eu tout cet été.

Vous êtes venu pour des groupes en particulier ?
Je suis là pour Arte et pour voir The Jesus and Mary Chain, évidemment. Il y a aussi The Horrors, mes petits chouchou, Kings of Léon que j'ai vu 3 fois, et Bjork la grande prétresse électro. Bien sûr, je suis triste pour Amy Winehouse, mais après l'avoir vu à Bénicassim, nous nous doutions qu'elle ne sera pas là aujourd'hui. La pauvre avait plein de bleus... Mais c'est le prix à payer ! C'est pour ça que je suis toujours admiratif des gosses de 23 ans qui assument des scènes aussi grosses.

Pour autant, nous vous aurions plus attendu sur les festivals anglais de ce week-end...
Ici, c'est chez nous ! Je suis très couleurs locales... Et c'est important que l'on soutienne notre scène. Cela permet de pouvoir placer des bonnes premières parties sur des concerts comme celui d’ Iggy Pop, par exemple. Fini d'être seulement exportateur.
Et puis il faut dire qu’aujourd’hui il n’y a plus de codes. Avant, il fallait une pédale Wah-wah et un ampli Marshall pour être rock. Les choses ont changées maintenant. Ca fait donc des festivals moins monochromes. Biensûr, il manque un vieux nom comme The Who, mais le public actuel ne vient plus que pour de la découverte.

Etre rock, c'est avoir un pantalon en slim, un bombers et une mèche rebelle ?
C'est un facteur de reconnaissance ! Dans les années 60, c'était les cheveux longs. A Berlin, j'allais par exemple voir les chevelus pour leur demander des disques pirates. Ca paraissait logique. Chaque mouvement a sa panoplie et tant mieux.


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Mercredi 7 mai 2008
Le groupe, tout juste revenu de sa tournée US, ouvrait le festival à la place de Patrick Wolf lors du festival Rock en Seine 2007. Entretien avec Paul, batteur du groupe.

Content d'être ici ?
Exactement ! D'autant que cela faisait 6 mois que nous n'avions pas joué en France. Et comme on est parisiens, c'est le pied. De toute façon, c'est difficile de faire une comparaison entre les deux publics. Mais on est rassuré, même avec une seule bière dans le ventre, celui de Rock en Seine était très réceptif.


Il y a un groupe que vous aimeriez voir ?
The Hiiiiives. Pas pour prendre des idées, bien sûr. Parce que c'est vrai qu'en tant qu'artiste, tu ne viens jamais avec une oreille neutre... Et puis Arcade Fire, mais seulement par curiosité.

Quelle est votre actualité ?
On sort un nouveau maxi en digital dans le monde entier (plateformes de téléchargement) et en distribution physique aux US. Nous l'avons enregistré en avril avec notre propre label. Comme ça, on est exactement dans l'ère du temps. Pour les Etats-Unis, c'était spécial. Nous avions pressé des albums sur place pour les distribuer à la fin de nos concerts. Et puis, il faut dire que nous avions aussi fait de ce pays une de nos priorités. En France, nous ne sommes plus qu'en transit... (Rires)

Une anecdote particulière par rapport au concert ?
Oui ! La batterie était sur une estrade. Etant donné qu'elle est monté sur roulettes, j'ai eu l'impression d'être sur un bateau ! (Rires) 


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Mercredi 9 avril 2008

Paris sous le crachin, un lundi matin. Rendez-vous donné à 9 heures. Heureusement, l'ambiance « chic & sexy » de l'hôtel Kube, avec ces canapés en fourrure et ces fauteuils-bulles, nous replonge dans la chaleur ouatée de la couette. Dandy gominé, pull col en V, les yeux encore encombrés de sommeil, Gonzales attend. Camille se fait désirer. Elle arrive désolée et emmitouflée. Thé vert pour l'une, café noir pour l'autre. Canada / France, match au sommet et première rencontre pour les deux artistes, qui se sont croisés sur un festival suisse sans oser s'aborder. Ils sympathisent, plaisantent, s'échangent des conseils. Les différences apparaissent avec la complicité. Prélude d'un ping-pong autour de la création et de la pop.


Gonzales.jpg

Tous les deux, vous portez une très grande attention à mettre en scène votre musique.
Camille :
La pop, c’est plus que des chansons. C’est une globalité, un univers, un esprit autour des chansons. Je sélectionne et j’arrange les chansons en fonction de cette couleur musicale. C’est pour ça que je m’attache beaucoup à la production.

Gonzales :
Pour moi, c’est une évidence : il ne faut négliger tous les à-côtés de la musique. Pendant des siècles, les artistes l’ont fait. Il y a le contenu - la musique, mais aussi le contenant, dont il ne faut pas se foutre. Respecter la musique, c’est aussi trouver son équivalent visuel, scénique et même philosophique. Ne pas le faire, c’est nier la communication. Ne pas construire un univers autour d’un album, c’est une insulte faite au public.

C :
Si tu ne fais pas ce travail-là, on le fait à ta place et tu deviens un produit marketing. Et tant mieux, d’ailleurs : ça nous oblige à le faire. Je ne pense pas que Mozart se prenait la tête sur des couvertures de disques... (Rires)

G :
Oui, mais il se prenait la tête pour savoir comment il allait se comporter à la Cour, comment il allait faire son entrée... D’ailleurs, son pote Salieri n’a pas fait ce travail de recherche. Il n’a pas osé. Il a fait la même chose que Mozart, mais il n’a pas construit d’univers autour de sa musique. Il pensait que la musique suffisait. Peut-être respectait-il trop l’acte de création pour le salir avec ces questions. Résultat : les gens se sont fait une image fausse de lui, celle d’un conformiste. Tout ça à cause de son manque d’audace.

Le français, l’anglais, ce sont des matières sonores indifférenciées ?

G :
Pas du tout. Moi, je n’oserai jamais enregistrer en français, parce que j’ai un accent quand je chante, et que pour moi, chanter ne peut pas correspondre à ce manque de maîtrise. (S’adressant à Camille) Mais, toi, tu chantes sans accent - ton lead est souvent en anglais. Et quand tu chantes en français, c’est toujours plus détaché. C’est plus comme un chœur grec…

C :
Sur Le Fil, j’avais en tête cette idée de chœur qui commente l’action. L’anglais est pour moi, plus dans la spontanéité et le français reste la langue de mes études, de l’analyse et des nuances. Et aussi de mon inconscient. L’anglais lui permet d’aller droit au but, d’aborder des sensations plus viscérales, à la fois les plus élémentaires et les plus profondes, plus universelles - « I love you », « I am hungry »... La pop anglaise a cette possibilité-là de faire sonner les mots les plus simples, contrairement au français. Regarde toute la musique noire-américaine. I will survive¸ c’est très simple et en même temps, hyper puissant : tout part de l’intention !

G :
Ou Staying alive…

C : Ou Staying alive. Toute la tension y est tellement incarnée. En français, pour que ça soit incarné, tu dois raconter quelque chose. En revanche, le français tire sa force des sons, avec des consonnes, idéales pour le drame ou le réalisme à la Piaf. Quand elle chante, elle s’appuie sur les consonnes. Elle s’enracine. En plus, il s’agit d’une langue latine parfaite pour adapter par exemple, un standard brésilien, grâce à toutes les consommes percussives et fricatives. L’anglais, c’est plus du chewing-gum. Tu peux te mettre en bouche les voyelles et les faire durer des heures.

G :
Quand j’enregistrais, il y avait dans le studio, un  chanteur français de R’n’B. Parfois, entre deux prises, je l’entendais chanter et je n’entendais que son accent français. Rien que son « oh oh » sonnait faux. C’est pénible de vouloir plaquer l’anglais sur le français. L’inverse, aussi. Par exemple, l’album Monsieur Gainsbourg¸ ils ont traduit du Gainsbourg en anglais. Ce n’était pas terrible.

C :
Tu ne peux pas traduire des mélodies parce qu’elles sont indissociables d’une langue. Le problème de la pop actuelle, c’est qu’on se calque sur la pop anglaise. Du coup, on pense que l’allemand ou le français ne sont pas des langues musicales.

G :
Et Schubert, ça sonne mal ? (Rires)

C :
Toutes les langues génèrent un imaginaire, des rythmes, des mélodies. Dans Music Hole, j’ai fait le choix de l’exactitude [Ndla : de la prononciation]. Je voulais faire des chansons, qui comme des standards, racontent des histoires, qui puissent vous embarquer. D’ailleurs, mon coréalisateur, Majiker, est anglais et si ça n’allait pas, il me le signalait. En revanche, dans God is sound, ce qui m’a intéressé, c’est le travail des sonorités. Mon propos n’est pas d’être dans l’exactitude. Je ne parle ni arabe ni chinois. Ce sont des matières sur lesquelles je vais improviser.

Soft-Power.jpgAlors, quel rôle joue la spiritualité dans la création ?
C :
En fait, je déteste parler de spiritualité : c’est très intime et ça peut être très vite galvaudé. Mais à propos de la musique, et de la voix en particulier, il y a effectivement une vibration assez cosmique : ça part en soi, se diffuse dans un lieu et atteint les autres. La musique relie au monde.

G :
Camille ayant une approche scientifique de sa voix, peut-être y trouve-t-elle quelque chose de mystique. Moi, c’est l’inverse : j’ai une approche scientifique de la musique, je me concentre sur l’harmonie…

C (l’interrompant) :
C’est un truc incroyable, l’harmonie ! Ce sont des lois qui nous dépassent totalement !

G :
La mélodie, c’est extrêmement cérébral. Le rythme, plus corporel. Et l’harmonie joue sur les émotions. C’est ce qui a le plus de pouvoir. C’est le plus dur à quantifier et à maîtriser. Comme j’ai longuement étudié les harmonies, j’y vois peut-être moins de mystère que Camille. En revanche, comme je ne maîtrise pas le chant et que le son de ma voix est plus instinctif, j’ai un rapport plus mystique avec les mots que je chante. Et l’effet sur le public est tout aussi mystérieux. C’est ce qui donne du pouvoir à la musique.

Et le pouvoir vous intéresse ?

G :
Bien sûr ! C’est la raison pour laquelle je fais de la musique. J’ai besoin d’exercer ce pouvoir ; c’est dans mon caractère. Ce qu’il y a de bien dans la musique, c’est que les gens viennent à tes concerts et paient pour que tu exerces ton influence sur eux. Ils veulent être manipulés. C’est beaucoup moins dangereux ainsi que si j’avais été homme politique…

C :
Dans la musique, le pouvoir n’est pas qu’en toi. Tu es un médium. Même si tu maîtrises tout sur scène, tu jouis tout de suite des effets de ce pouvoir sur le public. Tu as un retour immédiat. C’est hyper épanouissant.

G (avec un fort accent québécois) :
Ça tue sa mère, Christ !

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Gonzales
> 1ère partie de l'interview
> Chroniques albums
(entretien réalisé avec Sylvain Dépée)


par Longueur d'Ondes
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Lundi 7 avril 2008

Loin des débâcles discographiques et des surgelés pour radio, ils sortent « Music Hole » et « Soft Power », deux albums enthousiasmants, où sans qu’il n’y paraisse, l’attraction des corps croise avec l’intime. Tous deux sondent leur enfance musicale. Le gospel, la soul et les chants primitifs pour l’une ; la variété synthétique du début des 80’s et les chanteurs-pianistes comme Barry Manilow pour l’autre. Preuve s’il en fallait, que la lave coule sous la banquise. Rencontre de deux exigences, entre instinct et cartésianisme.


Camille.jpgVos nouveaux albums s’ouvrent sur des titres très entraînants, très dansants, qui parlent au corps. Est-ce un élément important de votre inspiration ?
Gonzales :
Je ne danse jamais. Je ne m’exprime pas trop avec mon corps. Et surtout, je ne crois pas en l’inspiration. J’essaie de faire de la musique tout le temps. J’évite ainsi de mettre la pression sur l’acte "sacré" de la création. C’est dans l’oreille de l’auditeur que l’inspiration se passe. En plus, pour ma génération, la musique sur laquelle on danse est beaucoup moins festive que celle qu’on trouve sur Gospel with no Lord [Ndla : l ’ouverture de l’album de Camille] ou Working together, sur mon album.

Camille : Moi, je fais beaucoup de danse par contre. Le rapport entre le son et le mouvement m’intéresse beaucoup. J’ai donc fait ce choix du travail sur ma voix, et par définition sur l’instrument de la voix, c'est-à-dire le corps. Je ne tente plus de parfaire ma technique au piano, mais de développer la connaissance de mon propre corps, et du mouvement. La pratique de la danse a influencé ce dernier album : je voulais faire quelque chose de joyeux et d’ouvert, plutôt que dancefloor, même si il y a des clins d’œil au disco.

G : Solo Piano [Ndla : le précédent album de Gonzales] peut être considéré comme un album dansant. Il ne faut pas limiter la danse aux morceaux uptempo, des claps, des claquements de doigts ou des grosses caisses qui marquent le rythme.

C : Pareil, pour le mouvement. Il ne faut pas le réduire à un truc de clubbing. Je ne travaille actuellement sur les chants religieux, et l’important, c’est de chercher les rapports entre le son, le mouvement et le geste.

Est-ce à dire que la
musique est nécessairement un laboratoire ?
C :
Oui ! C’est forcément exprimer quelque chose que tu as dans la tête et qui n’est pas dans l’air du temps. Je n’écoute pas de hip-hop, mais je suis influencée par ces mecs avec leur subwoofer à fond, dans leur voiture. Ça m’a du coup, donné envie de travailler sur des subs  Pas de style particulier, donc, juste des éléments qui me touchent et qui m’imprègnent.

G :
C’est la différence entre entendre et écouter. Les artistes qui ont une musique personnelle, sont plus dans l’entente qu’à l’écoute. L’écoute, c’est chercher quelque chose. Quand je dis que l’inspiration n’existe pas, je veux dire que l’inspiration active n’existe pas. Quand tu cherches, que tu attends, que tu mets une pression sur l’acte "sacré" de la création, c’est généralement que tu n’es pas sûr de ce que tu veux faire ou dire. En réalité, la création est plus liée à l’inconscient ou à une passivité d’entente.

C :
Ton corps retient ce qui lui correspond, ce qui y pénètre naturellement. Il n’est pas dans une démarche volontaire de copie ou d’assimilation. Moi, je m’imprègne et je laisse les choses se décanter. Un disque n’est que le témoin d’un moment de ta vie. Ça ne sert à rien de se dire : « Je veux faire un disque dans ce style-là ». C’est à la fois un exercice mental et spontané. Corps, esprit, émotions, c’est l’expression de l’être humain en entier.

Music-Hole.JPGSelon vous, pourquoi faites-vous figures d’OVNIS ou de fous ?
G :
Il y a une époque où nous serions passés pour des conservateurs, pour des artistes conformistes. C’est juste une réaction aux mythes auxquels croient les musiciens de notre génération : notre démarche parait par rapport à eux, plus originale. En fait, j’ai une approche très conservatrice : je suis les règles musicales qu’on m’a inculquées. Je ne suis pas en train de chercher quelque chose de nouveau dans la musique, mais une manière d’exprimer ma personnalité, mes défauts et mes contradictions. Je mets de l’humour sur des mélodies mélancoliques, et pour certains, c’est bizarre ou inattendu. Mais, c’est juste moi ! Les musiciens qui font de la musique mélancolique essaient d’avoir une image plus sensible. Mais, je n’y crois pas et surtout, je ne le suis pas ! Employer  le mot « fou », c’est vraiment trop relatif. Prenons mon pote, Philippe Katerine qui pour moi, compte vraiment artistiquement. Il est tout sauf un clown ou un fou. Au XVème siècle, à la cour royale, personne ne l’aurait considéré comme un fou. Il aurait peut-être été  le poète le plus prisé de la Cour de France.

C :
Et être fou, qu’est-ce que c’est ? Ça veut dire qu’à aucun moment, tu n’es maître de ta créativité, de ton énergie ou de ta violence. La musique, c’est incompatible avec ce manque de maîtrise. A partir du moment où il y a création, il y a expression et donc, on n’est plus dans la folie. Peut-être, serais-je folle si je n’avais pas la musique…

: C’est comme les tueurs en série. Jusqu’au passage à l’acte, ils cachent leur mal-être…

C :
Combien même tu dis « je veux tuer tout le monde », mais que tu le chantes, alors, tu n’es pas fou ! Parce que tu as exprimé ton démon, tu l’as sublimé.

Votre folie, c’est peut-être sans verser dans l’impudeur, de beaucoup vous dévoiler dans vos albums, de révéler toutes vos facettes ?

C :
On n’a pas peur des contradictions. Mais, est-ce ça la folie ? Je ne crois pas. Pour moi, la vie, c’est accepter les contraires. La folie, ce serait plutôt être puriste, intégriste, vouloir que tout soit pareil. Mais, être dans la contradiction, c’est plutôt sain et ça me permet d’être très heureuse.

G :
Supprimer les contradictions pour faire un tube, voilà la folie ! Parfois, je rencontre des artistes dont la musique m’endort, et je découvre qu’ils ont d’autres facettes, des contradictions. Et je me dis : « Mais pourquoi je ne les entends pas ces contradictions ? ». Voilà la folie : avoir de la matière pour "entertainer" les gens et ne pas s’en servir ! That’s crazy !

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Camille
> 2ème partie interview
> Chroniques albums
(entretien réalisé avec Sylvain Dépée)


par Longueur d'Ondes
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Vendredi 4 avril 2008

Skate sous le bras, François Maurin étonne au naturel tant la pochette et la musique de son premier album l’ont érigé en dandy classique. Pourtant, la culture rock est bien là avec pour preuve ses reprises de Blondie ou des Stranglers sur fond de cordes aériennes. Pas de doute, le Neil Hannon parisien sort du lot et touche par son humilité.

F.M.jpgMême si ce sont des initiales, utiliser F.M. comme pseudo peut évoquer - à tord - l’esprit mainstream…
Ce qui m’a plu, c’est l’ambivalence de cet acronyme, sous-entendant à la fois la diversité et le formatage. Il faut transcender le genre avec une ampleur élastique pour qu’il parle aux gens. Moi, je pousse la pop music jusqu’à sa limite. C’est un jeu. Une recherche de l’efficace. C’est pour ça que nous avons rajouté - avec humour - la mention « New Popular Music. »


Populaire ? Pourtant les titres ne ressemblent en rien à la variété française…

Le mot est galvaudé. Moi, j’en revendique l’aspect noble. Il faut savoir parler au plus grand nombre, pas dans le sens de la longueur, mais dans celui du niveau d’écoute. Faire de la pop ne devrait pas être dégradant. Je fais de la musique à tiroir, simple et évidente. Une musique « inspirée de quelque chose... » Je trouve que c’est la moindre des choses.


Comment s’est construit l’univers visuel de l’album ?

Les retouches photos sont un passe-temps. Je rêvais d’un monde baroque et romantique. Une sorte de groupe de rock du 19ème siècle qui en supprimerait le superflu. Quelque chose qui nous relie au temps passé avec cette question obsédante : « Est-ce que mes ancêtres auraient aimé ce que je fait ? » C’est pour cette raison que nous avons opté pour Renaud Letang [Ndla : Katerine, Gonzales, Manu Chao] au remixage. Il comprenait mon approche rock. Quoi qu’on en pense, ma vie musicale s’est effectuée dans un casque… J’aime l’effet sonore.

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par Longueur d'Ondes
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Mercredi 19 mars 2008

Le quatuor maçonnais sort son troisième album électro, 4 ans après leur précédent « Subsonic » et les 350 concerts qui en découlaient. La formule est intacte, mêlant les sons métalliques de l’indus aux rythmiques tribales et ethniques sur fond d’envolées rock ou de pauses dub. Une fois encore les membres réussissent ici à s’approprier les styles au profit d’un son personnel et unique.

Jmpz.jpgLa volonté première de Jmpz était de créer une formation sans guitare ni chant. Mission réussie grâce au nouveau line-up avec la fusion de ces deux basses, d’une batterie et d’un didgeridoo. Et preuve de ce recentrage autour des fondamentaux, le combo s’est entouré de Nicolas Matagrin au son (Peuple de l’Herbe, High Tone) et de Yann Nguema au graphisme (Ez3kiel). En soit, un positionnement plutôt marqué par la scène dub lyonnaise (Jarring Effects) dont le groupe ne se défend pas : « Quitte à souffrir de la comparaison, autant y aller à fond. (Rires) L’emploi de ces personnes étaient autant une volonté artistique que logistique. Notre public saura faire la différence avec la production locale. »

Et des collaborations, il y en a d’autres sur ce disque : Reuno, Meï Teï Shô, Sir Jean ou encore Lo’Jo. « Presque un fantasme, finalement », avoue Jmpz, « nous avions rencontré ces artistes pendant nos tournées. Nous leur avons donc envoyé des instrumentaux sur lesquels ils ont été libres d’y apposer leurs textes et leur couleur. » Car le départ du chanteur a ouvert de nouvelles possibilités, notamment sur l’intégration de la vidéo : « Il fallait pallier le fait que les featurings vocaux ne pouvaient être présents. Au départ, nous avions pensé à des tubes transparents pour projeter leurs images de façon fantasmagorique. Finalement, nous avons eu peur de nous transformer en karaoké géant, donc on a opté pour le minimalisme afin d’éviter le côté hypnotique. » Reste qu’un tel dispositif et l’utilisation de séquences ne permettent pas une réelle improvisation sur scène. Mais le groupe tente d’instituer un équilibre : « La prise de risque est dans l’investissement sur scène et sur sa propre interprétation des morceaux. »

Au final, c’est un album plus humain qui se dessine, respectant un cahier des charges de tempos ou de variations et intégrant des lives de basses et de batterie sans aucune boucle. Quant aux participations, elles pourraient peut-être prendre corps physiquement à l’anniversaire du Brise Glace d’Annecy. Affaire à suivre, donc.

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par Longueur d'Ondes
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