Suite de l’état des lieux effectué par des confrères radiophoniques sur
l’industrie musicale, dans le cadre des 30 ans du magazine Longueur d’Ondes.
// Scène française
F. Zegut « J’ai été l’un des premiers défenseurs du
métal sur une grande radio privée et généraliste… Quand Longueur d'Ondes a été créé, je
diffusais déjà du Metallica. Tout le monde crachait dessus, alors qu'il n'existe pas de musique… intelligente ! Aujourd'hui, il y a parfois un tassement de la création, notamment dans le
metal, mais il reste quand même des groupes de rock comme B R OAD WAY à Saint-Étienne. En terme de rock, ces types ont tout compris ! Notre problème, c’est juste notre manque d’éducation
musicale. L’inculture nous oblige à faire de la redite. Même des Anglais qui viennent enregistrer en France avec notre matériel arrivent à faire swinger différemment les amplis !
»
B. Lenoir « J’ai le sentiment que la musique est morte, mais peut-être parce
que je suis un vieux con… La création est inexistante et les épiphénomènes dominent. En France, on sait faire des textes, mais nous restons peu original dans la musique. Par chance, j’ai toujours
privilégié le fond à la forme – Murat, Dominique A, Miossec… –, mais, même dans ce domaine, les auteurs se font rares. L’industrie s’est cassée la gueule toute seule. Nous n’avons pas eu
besoin de l’aider. »
C. Crénel « En France, on
reste pas mal aidé, malgré tout. Je refuse ce discours pessimiste ambiant qui voudrait qu’il n’existe plus rien d’excitant. C’est vrai que les Anglo-Saxons possèdent une dimension laboratoire,
mais l’alternative existe : Phyltre à Avignon, Odezenne à Bordeaux, Disiz à Evry… Certains ne bouclent pas les fins de mois, mais, au moins, ils font de la musique pour les bonnes raisons.
Même parmi les plus connus, d’Oxmo Puccino à No One Is Innocent et Stupeflip, la scène ne se porte pas si mal, notamment côté hybridation. Bien sûr, si on ne fait pas l’effort de chercher,
on sombre dans la sinistrose… »
// Contestation
B. Lenoir « Je déplore que beaucoup d’artistes veulent gagner de l’argent avant une simple envie
d’exprimer quelque chose. Que reste-t-il de l'époque Radiohead / Noir Désir ? Pas la contestation en tout cas, chacun reste dans sa bulle. »
C. Crénel « Qui a dit qu’il y avait besoin de guitares pour la subversion ? Les gens n’ont que Noir
Désir en bouche… Pourtant, peu se rappellent que – avec leur paranoïa des médias – dès que tu leur tendais un micro, il n’y avait plus personne... Je ne suis pas fan de ce militantisme
« tous-pourris ». Si on te donne la parole, prends-la ! Et, en la matière, l’électro et le hip-hop ont depuis longtemps repris le flambeau ! Et puis, être militant, ça
peut aussi faire de la musique, tout simplement. Exister, c’est tout. C’est déjà tellement dur d’en vivre. »
F. Zegut « Le
hip-hop est, ou était, aussi dans la revendication pour prendre la place du rock, ne l’oublions pas… Moi, je pense que le dénominateur commun reste la jeunesse. Chaque révolution passe par cet
âge. C’est la jeunesse et la création de nouveaux instruments qui relancent la machine, en attendant que cette génération vieillisse et laisse la place à une autre… qui parfois, OK, peut se faire
désirer. La musique ne devrait rester que de l’émotion. »
// Internet &
Piratage
F. Zegut « En 99, je faisais déjà une émission sur Internet.
J’ai été voir les maisons de disques pour leur expliquer : il se passait un truc incroyable ! Résultat ? Les types ont préféré créer des lois alors qu’ils étaient assis sur un tas
d’or… »
B. Lenoir « Internet a apporté son lot de projets, mais ça reste
astucieux et sympathique. C’est tout. C’est du homade, de la bidouille. Il y a peu d’ambitions. Ah si, le Moyen-Orient… Voilà un coin qui bouge ! »
Valli « Internet est un leurre, car l’artiste touche que dalle, même si je suis d’accord avec le fait
que les gens ont toujours peur des nouveaux formats ou supports. Au moins, ça a permis aux jeunes d’avoir une culture extraordinaire. Moi, je suis en tout cas encore attaché à l’objet CD. J’aime
sa sensualité. Et écouter un ordinateur supprime toute idée de convivialité et de partage. Le piratage ? Soyons honnête, je l’ai déjà pratiqué. MegaUpload ferme ? Cinquante autres
ouvriront ! Oui, c’est mal de penser comme tel, mais j’essaie parfois de me persuader que Neil Young a peut-être raison : le piratage, au fond, n’est-ce pas comme écouter la
radio du XXIe siècle ? »
C. Crénel « Au début, tu te dis
que le piratage c’est cool, mais franchement, je suis musicien. Ca me fait chier de voir des revenus potentiels partir en fumée par les temps qui courrent… Alors, oui, je suis contre. Pas
politiquement correct ? Peu importe. Et pourquoi est-ce que ça a aussi mauvaise presse ? Après quelques années de raccourcis démagogiques, notamment de la part de Pascal Nègre, les
gosses ont envie de se rebeller. On peut les comprendre... Si depuis le début, on leur avait expliqué que ce n’est pas pour donner plus d’argent aux majors, il n’y aurait pas eu une telle
habitude à la gratuité. »
// Festivals
B. Lenoir « Il y a plus de spectateurs dans les festivals ? Normal, les gens sont de moins en
moins exigeant… Et puis faut dire que des types qui bidouillent... c'est bien, mais pas forcément bons sur scène ! Tout ça reste éphémère... Suffit de regarder les anciennes affiches des
festivals pour se rendre compte que peu sont restés. »
J.-L. Foulquier « Les
Francofolies ? 20 ans, c’était la meilleure date pour arrêter. Au-delà, j’aurais été condamné à la surenchère, alors que le plus intéressant dans un festival, c’est l’esprit de la fête, les
mélanges. Tout a grossi et je ne m’en sentais pas capable : j’aime l’esprit de l’entreprise familiale tenue par l’hypothèque de la maison. En finir avec cette vie, ça a été comme
m’enlever un gros sac à dos. Mes filles se sont imaginées que j’en déprimerai, mais ça n’a pas été le cas. Quand je suis descendu pour la dernière fois de scène, j’étais soulagé. Léger. J’y
assiste en tant que spectateur et ne suis intervenu que pour défendre le festival lors de l’affaire Orelsan. Je ne supportais pas que l’on parle de censure… »
Valli « Attention à
la culture best-of des festivals… On n’éduque pas forcément le public par ce biais, pendant que les petites salles qui défrichent sont prises à la gorge… Oui, entretenir sa curiosité, c’est
dur. Moi-même, je me force ! Mais n’est-ce pas ce qu’on appelle justement la culture ? Posez-vous la question de ce que vous voulez refléter. De la façon dont vous voulez agir et
consommer… »
// Avenir
F. Zegut « Que ce soit la série de Disney Hannah Montana qui donne à ma fille envie de
faire de la guitare n’a aucune importance. Seule la finalité compte. Et je mets au défi certains groupes français de faire de la pop aussi clean ! »
C. Crénel « Les petits labels ont bien compris qu’il fallait un contenu enrichi : achète mon
album et tu auras des partitions, des bonus… C’est là-dessus qu’il faut miser. Il faut impérativement bichonner sa « fan base ». Et si ça oblige à repasser par l’artisanat, tant
mieux ! »
> 1re
partie du dossier
> 30 ans Longueur d'Ondes
B. Lenoir « Je me suis arrêté parce que j’ai toujours été dans le doute. Que Mick Jagger tortille encore
du cul à 70 ans le regarde. Moi, je me vois mal don
F. Zegut « C’est toujours difficile d’exploiter la nostalgie… Bien sûr que le monde a changé, mais il
y a également du positif dans l’évolution des moyens de diffusion. OK, au départ, c’était l’euphorie : création de la bande FM, etc. Puis, les rotations sont arrivées sur NRJ... Moi, je vais
vous étonner, mais je ne suis pas contre ces outils ! A la seule condition que l’on fasse preuve de largesse et que l’on y mette les moyens. Au fond, la FM a apporté quoi ? Des formats
et une bande de joyeux drilles… Mais pas forcément des passeurs de témoins. Pour ma part, j’ai toujours refusé d’animer l’après-midi. Le soir est un cocon qui permet toutes les
découvertes…
Valli « Aujourd’hui, les jeunes groupes pensent qu’ils peuvent se passer de directeurs artistiques. Pourtant, il y a
besoin de se recentrer sur l’essentiel : la création. OK, Eddie Barclay a permis de faire prendre conscience aux groupes qu’ils pouvaient se faire une marge, Steve Jobbs a dématérialisé la
culture, mais ce n’est pas une raison pour supprimer les structures. Ce sont des garde-fous qui disposent malgré tout d’une vision globale. »
Leur crédo ? Un pont tendu entre électro-pop anglaise et psychédélisme américain, meilleur remède pour réconcilier la
vieille Europe et le nouveau continent. Les paroles ? In english, dans le texte, et écrites par un parolier... Bref, depuis 1 an, le quatuor commence à se faire un nom, malgré son pseudo
potache emprunté à une célèbre réplique de l’émission tv Popstars (merci Bruno Vandelli). Il faut dire que depuis le tremplin de Rock en Seine en 2010, les p’tits ont parcouru du chemin !
« C’était notre plus gros concert. L’année suivante, nous avons enchaîné pas mal de MJC, le Prix Deezer 2011 et sommes enfin devenus intermittents du spectacle. Hé oui, notre bac date quand
même de 2009 et nous habitions encore il y a peu chez nos parents ! »
« L’explosion de l’électro-swing pourrait s’expliquer à travers un regain de nostalgie, pourquoi pas, mais surtout parce que
certaines bandes-son (passées dans le domaine public) ont pu être réutilisées à moindre coût par des producteurs… La différence avec Caravan Palace, et ce qui en explique le succès, c’est que
sont des musiciens. Mieux ! Deux des membres du groupe sont des danseurs de swing... Le processus de création est donc différent : une sorte de théâtralisation très festive,
colorée et des brassages qui sonnent plus naturels.
Des souvenirs de
Bashung ?
BB Brunes, les baby rockers... C'est fini toute cette polémique ?
Qu’est-ce que le Fair
?
Qu’est-ce que le concours Les inRocKs
lab ?
YAA (Toulouse) :













COMMENTAIRES