L'électro, une musique sans visage ni âme ? Allez donc dire ça à The
Prodigy et son chanteur punkoïd ou son black MC. Car ce soir, les pionniers de la big beat ont retourné le festival avec rage et férocité. Ambiance rave party des warehouses
UK.
Bruyant. Brutal. Extrême. Le recordman de vente de disques de l'Histoire de la dance music a pratiqué la technique de la terre brûlée. Uppercut
dans les gencives. Et nous, K.O., dandelinant de manière hébétée. L'énergie est ainsi demeurée intacte, puissante, explosant à chaque coups sourds des basses, telle le gourdin dans le gong des
festivaliers.
Rien, ni personne n'a été épargné, des lumières épileptiques jusqu'à la transe inhumaine à laquelle la foule s'est adonnée. Ni même les nuages de terre atterris dans le gosier. Come on,
hey ! Car dans les rangs, c'est l'anarchie, la rebellion. Et chaque déserteur s'est retrouvé pieds et poings liés dans une immense et caractéristique machine à laver.
Sur scène, le punk Keith Flint, petit diable malicieux et entortillé, roule des yeux à la Hannibal Lecter. A vous faire pâlir le slip, le doigt sans cesse en l'air. Signe de défi. Car il règne
sur le set une certaine animalité. Une redoutable fureur, style combat de coqs et brâme de cerfs à se frapper le poitrail, déjà envahi de peintures de guerre.
Le MC black - Maxim Reality - crache son flow comme un forcené et bondit nerveusement à chaque déflagration vocale. Il s'échauffe, s'élance sur le ring comme un boxeur voulant rendre les coups.
Et répète autant de "Fuck !" et de "Listen !" qu'un bègue fou atteint du syndrôme de la tourette.
"Voodoo People", "Poison", "Breathe", "Smack my bitch up" (assis/debout)... Le beau-frère de Liam Gallagher (belle ironie !) - Liam Howlett - passe le répertoire à la moulinette, hachant
menu le hardcore, l'industriel et le breakbeat. Le guitariste, lui, fait sécher sa gratte au ventilo. Tranquille. Larsenant au possible les enceintes de ses riffs gouilleurs.
Puis, ce fut le vide. Le calme après la tempête. Un long râle avant le point de non-retour. Fin du set.
Il y a des silences qui vous habitent une nuit. Il y en a d'autres qui vous traumatisent toute une vie.
Come back, Prodigy !
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Vendredi 11 septembre 2009
Figure héraldique du genre, les bad boys US ont chromé leur heavy
glam avec une dose de rock stoner et de blues huileux. Effet garanti. Les groupies, se pâmant à chaque œillade, ont depuis longtemps dépassé le starter. Une chose est sûre, les EODM n'ont rien
inventé. C'est clair ! Oui, mais et alors ?
Avec un
"Are you readyyy... ?" sous l'aisselle et une lèvre velue à faire pâlir les résidents de l'hospice de Saint-Cloud, Jesse "fuckin" Hugues a réussi à faire dans le défouloir rock. Le
tout en jean, s'il vous plaît. Le propos ? Lourd, pesant, ironique et bien léché. Le type même qui se frotte à votre jambe et vous mâchouille le cerveau comme on chique du tabac texan. Et c'est
bien dès les premières secondes que la pétaradante machine s'emballe et vrombrit, marquée par les claquements de bottines cirées du maître des lieux.
Sur scène, Stéphane Saunier (programmateur Canal+) et Macy Gray opinent du chef. Il faut dire que le groupe sait y faire : les corps tatoués, les muscles saillants et la sueur aux hormones comme
aftershave. Derrière les coups sourds des riffs gras, le batteur s'en donne à cœur joie, style bûcheron débitant du bois, le rictus en plus. Même pas mal.
Les cassures de rythmes embrasent l'assistance. La foule retient son souffle - alcoolisée - prête à galetter le jambon braisé avalé sur le pouce. Ca sent la poudre. Définitivement. Pourtant, rien
ne semble perturber les prêteurs sur gage rock. L'attitude est nonchalante, sexy à souhait, à dandiner de l'arrière-train lors de quelques solos bluesy. Quant au torse, il est offert en pâture à
une foule repue. A genoux. Domptée.
La guitare Flying V ? Exhibée, telle un grigri tribal, un sex-appeal nicotiné à l'effluve orgasmique. On en reveut encore. Et encore. Marre des kids bien peignés qui
squattent les ondes. Pas de doute, la pression a mis ici les têtes en ébullition, sorte de bouillon à l'arsenic de fond de cale. Expression primaire des bas-fonds. Mais la course s'interrompt là,
car il faut bien en finir. Avec l'envoi traditionnel de baguettes du batteur et, dans l'air, une dose palpable d'électricité.
Rock you, babes.
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11 ans déjà que le général Patton n'avait pas réuni ses troupes... C'est
chose faite ce soir. Et si le set en découragea certains, les fans - en écho - sont loin d'avoir oublié le raz-de-marée provoqué par Album of the Year en 97.
"Sweet sweet
Paaaris !" clame Mike Patton, le chanteur hors-norme de la formation. A ses côtés, toute l'équipe de 1997 : Billy Gould, Roddy Bottum, Mike Bordin et Jon Hudson. Ce soir, c'est donc une page
de l'Histoire qui se joue.
Il faut dire que Faith no More a su imposer le son d'une génération : celui du métal alternatif. Et, comme si cela ne suffisait pas déjà, les musiciens s'étaient même permis dans leur carrière
quelques écarts hip-hop, jazz ou pop. C'est dire !
"Epic", "We care a lot", "Midlife crisis" ou encore la reprise des Commodores "Easy"... Tous ces titres ont donc enfin repris vie.
Sur scène : un rideau rouge lynchien pour toile de fond. Devant : le combo en costards pastels à la porte-flingue, la rose à la pochette et la canne de Patrick
Hernandez à la main. La moustache est fine et le cheveu gominé en arrière. Ambiance mafia italienne à souhait. Seul intrus dans le tableau de famille ritale : le batteur et ses dreadlocks.
Gloups !
Dans la foule, Mouss - le chanteur de Mass Hysteria - récite par cœur les couplets, tandis que sur scène les guitaristes de Billy Talent et de The Offspring s'amusent à quelques
headbangings.
Le micro en écharpe, et après une introduction Soul à rouler des galoches, Patton enchaîne les titres avec sa voix si spécifique. Mi-hargneuse, mi raisonnante.
Mélange de cris étranglés et de grondements plutôt nerfs que muscles. La bête tourne en rond comme un félin, grogne, guette et s'asperge d'eau, quand il ne la crache pas tout simplement sur le
sol. Hagard.
Et quand "Easy" retentit, c'est le chaud-froid. Le crooner reprend le dessus, gentleman, laissant de côté ses précédents rugissements et autres hurlements de fond de gorge. Coquin, va !
Seule date française de cet été ? Côté émotions, c'est l'hydrocution. Un café, l'addition. Le public en redemande.
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Mercredi 9 septembre 2009
Quand le directeur du festival dit penser depuis quelques années à une
passerelle entre le rock et la mode, on comprend mieux en croisant dans les coulisses la Beyoncé punk : Ebony Bones. Et, à bien y regarder, on pourrait même se demander s'ils ne sont pas de
mèche...
Ex-comédienne londonienne de 28 ans, Ebony Bones est autant un personnage haut en couleur (l'arc-en-ciel est son ami) qu'une boulimique du dressing de la parade Disney. Pour l'occasion, la
chanteuse a sorti son habit de lumière, sorte de scoubidou entortillé autour de son corps frêle.
Sur scène, après sa reprise de "Another brick in the wall" des Pink Floyd, sa coiffure rythme les ébats. La choucroute chevelue évoque la crinière de la lionne, effet "saut du lit" ou "fixation
extrême". Un nuage crépu de mousse dans un bain de champagne qui tranche avec son joli minois d'ébène. Et dont le naturel ne tient - décidemment - qu'à un cheveu.
L'artiste arrive en retard à sa conférence de presse. Normal. Il fallait bien se changer, tout de même. Le décor ? Un poster, un canapé noir et des coussins rouges, encadrés par deux lampes
halogènes. La belle cherche ses mots, réfléchit, interroge le regard des autres de ses mains menues. L'accent est rond, le sourire en coin, et l'artiste joue les délicieuses divas. Pas étonnant
qu'elle fut découverte dans une sitcom UK. Ebony Bones sait travailler sa mise en scène.
Exit le collier à boules, bonjour les cubes en mousse, style brassards pour les enfants apprenant à nager. Ambiance Cosplay japonais du rayon enfants de chez Ikéa. Goldorak n'a plus à
rougir avec ses fulguro-poings. Hellboy non plus : la concurrence est rude. Le reste est une liste à la Prévert, de quoi faire pâlir le transformiste Arturo Braquetti. La jupe est courte,
laissant entrevoir de longs collants roses. Les semelles sont compensées et tranchent par rapport aux boas en laine tressée qui trônent, tels des trophées, autour de son cou. Quant au maquillage
blanc de ses paupières, il est assez excessif pour qu'un battement de cil vous joue les stroboscopes.
Bref, un personnage, disions-nous. Hum... Rien de tel - mais avec malice, please - pour vous "saper" le moral.
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Ce qu'il faut avant tout retenir de la prestation de Pascal
Arbez-Nicolas, c'est toute la difficulté qu'ont les dj's pour occuper une scène. Mais dans le style, l'artiste s'en sort plutôt bien. Voir plus.
Depuis le concert de Daft Punk aperçu il y a quelques années à l'An-fer, le dijonnais s'était promis de faire de même. Sûr de lui et de cette nouvelle voie qui se dessinait. Et toc !
En 2001, le dj créait même son label, Citizen Records... Et re-toc ! Obstiné, dîtes-vous ? Le p'tit Pascal a eu raison de persister.
Car question "habillage vidéo", il fallait également compter sur le dompteur de machines. Goutelettes et jets d'eau de lumière, lignes graphiques, équalizer en guise de corde à sauter,
personnages saturés... L'ensemble évoque un "Tron" épuré à la mode "Grand bleu" en 3D. Hypnose de masse garanti.
Tant mieux, car la position statique imposée par l'exercice rend complexe (pour ne pas dire parfois "ingrate") la communion entre l'artiste et son dancefloor. Mais Vitalic veille au grain, hein
hein, tel le professeur fou au-dessus de ses pipettes fumantes, lançant quelques frémissements de sourcil à l'assistance.
Pendant ce temps-là, le public, la main en l'air, le verre dans l'autre et chaloupant du bassin, danse au grès des sons minimalistes et des boucles répétitives. Histoire de tromper la morosité de
cette fin de soirée post-Oasis. On se surprend même à croiser quelques fans de tectonik, tiens donc, sans doute perdus en chemin.
Et si le dj s'avère moins entêtant dans les breaks et les montées acides que sur album, son set se démarque davantage par un marathon lancinant, empli de marées synthétiques. Un show oscillant
entre l'atmosphérique et l'épique, les clapotis électro en guise de dessert et la ligne de basse en bandoulière. Prêt en redégainer.
Enjoy ! Avis aux clubbers : un nouvel album est prévu pour septembre 2009.
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Les gars ont la moustache aussi velue qu’les
bigoudens. Les girls ? Autant au balcon que dans l’futal. Vous voulez du rock couillu ? Les texans de Nashville Pussy le font pour vous, Avec du poil autour, off course. « Fuckeeeeers !
»
Bruts.
Sauvages. Primaires. Les « super suckers » du rock sudiste et du brûlot punk ont pratiqué la technique de la terre brûlée.
Une chose est sûre, rien ne repoussera après eux sur le pré de Kerampuilh. Et les multiples « fuckin' » pogos ou les attaques frontales de la guitare stridente y sont pour beaucoup.
« Sex, fun and rock'n'roll ! » hurle une voix sculptée à coups de lampées de whisky. Grillée comme un ribbs. Râpée. Ecrasée par l'immense monster struck sonique. Comme autant d'uppercuts dans la
bedaine. Le crachat en bonus.
Ambiance de bars à hôtesses et de rades obscures.
« Come get some, baby ! » lance une guitariste possédée, pendant que le batteur frappe plus que de raison.
De toute façon, entre Nashville « Foufoune » (Ndla : Pussy) et la Bretagne, c'est une longue partie de jambe en l'air depuis leur passage aux Transmusicales en 98.
Toujours aussi rutilant et cradingue, le combo - dopé à la testostérone - reste encore l'une des meilleures raisons de se rouler dans la boue. « Bloody hell ! »
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Photo © Guy de Lacroix-Herpin
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L’accent gorgé de soleil et la lèvre supérieure devenue orpheline depuis que son ancienne moustache
déprime, le chanteur lot-et-garonnais a fêté à Carhaix ses 32 ans de carrière. Un dimanche soir sur la Terre.
« La plus belle chorale du monde ! ». C’est ainsi que s’est écrié Francis Cabrel au détour
d’un de ses nombreux hits, devant le public de Kerampuilh. Il faut dire que l’artiste a su contenter ses fans avec sa pléiade de singles. De « La corrida » revisitée sur fond
d’accordéon, en passant par « Sarbacane » ou autre «
Dame de Haute-Savoie » dans des versions parfois plus country.
Chemise à pois, jean, tennis dans les pieds. Francis est à la cool. Battant le rythme du doigt. Dans la retenue, avec toute la pudeur qui le caractérise. S'autorisant quelques déhanchés du bassin et quelques esquisses de sourire. Il prend son temps.
Tranquillement. Invitant son public à prendre place dans son salon.
Ambiance décontractée, notamment lors d’une judicieuse pause. Seul en scène, l’intarissable fan de Bob Dylan et l’éternel collectionneur de guitares (il en possède plus d'une cinquantaine) enchaîne même quelques tubes en acoustiques : « Je t'aimais, je t'aime et je
t'aimerai » ou encore la fameuse « Petite Marie », sa « plus vieille chanson et celle qui me porte-bonheur. »
Francis, ton public l’a prouvé. Il t’aime à mourriiir…
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Photo © Pierre Iglésias
Par Webcover officielle Vieilles Charrues
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Lunettes de soleil et bonnet de rigueur, la
démarche disco sautillante et les déhanchements oulahoupés, le maître du rock-soul clinquant possédait ce soir la panoplie complète du lover eigthies sur poster glacé. Oui, mais voilà. Cette
soul-là est malgré tout dotée d'un exceptionnel pouvoir de communion.
Il y a l'attitude, tout d'abord. Des "C'est mon plaisir d'être avec vous",
"Claps your hands" et autres "Alright !" ou "Oh yeah, baby !" scandés à chaque frémissement comme un gentil érotomane atteint du syndrome de la Tourette. Les briquets qui s'allument et les
portables qui prennent le relais comme des vers luisants jouant les parties-fines sur le champ fraîchement labouré. L'hommage à Michael Jackson. Mains dans les poches. Tranquillou.
Les bains de foule, aussi. Parfois « too much », dans une posture volontairement christique. A montrer le public, indivisible, du doigt. Et des fans en joie. A qui touchera la plus
grande partie de peau de l'idole dont les frottements de bassin sur le micro n'atténueront en rien. Revival guitar héro à faire pleurer les cuivres et slows à patins en guise de madeleine de
Proust.
Puis, il y a la musique. Celle du Hendrix. Du savant recyclage. Le manche de la guitare au garde-à-vous. Symbole phallique sur fond d'exhortation à l'amour et la paix, tel le pasteur hérétique de
son propre credo. Si l'introduction est massive, les cymbales en écho et les cuivres rendant les coups, le reste met en étendard une réminiscence de la blackploitation sucrée, dont les cendres
savent encore embraser une foule.
Car, il eu surtout le public. Présent. Interpellant. Exultant à chaque solo du batteur dodelinant et du guitariste crépu. Se déchaînant sur le rappel big band jazzy d'un maître des lieux qui
connaît par coeur les ficelles. Attendant, hagard, la sortie de la Flying V pour l'inaugural "Are you gonna my way ?", guitare mythique de l'ancien dreadlockeux. Même un feu de Bengale illumina
davantage la foule durant le set, entre deux reprises en choeur, prémices à l'explosion des feux d'artifice - la fameuse "grosse surprise" du festival - qui mirent fin à la communion
ambiante.
Love let rules ? La preuve par le son.
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Photo © Pierre Iglésias
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