Jeudi 18 janvier 2007

Du peintre Paul Gauguin en passant par James Cook ou William Bligh (le cruel capitaine du Bounty), tous ont rapporté l’histoire de ces travestis masculins. Aujourd’hui rien n’a changé. Les Mahus, pour la plupart de Papeete, occupent toujours une place fondamentale au sein de l’archipel. Et seuls les touristes s’en étonnent…

C’est un faune typique de Polynésie qui attend sur place le vacancier. Etre Mahu, c’est un statut naturel, accepté et vieux de plusieurs siècles qui commence avec une éducation toute particulière pratiquée dès le plus jeune âge. Ainsi, les Mahus sont des hommes qui s’épilent, mangent à l’écart de la gente masculine, dansent, chantent et vivent avec les femmes. Côté sexualité, ils ont des relations charnelles aussi fréquentes qu’admises avec des adolescents. L’anecdote est d’ailleurs sans rappeler celle des jeunes grecs qui parfaisaient leurs connaissances du sexe avec des hommes d’âge plus mûr. Enfin, les Mahus sont majoritaires dans les métiers de l’hôtellerie, de l’enseignement ou du service domestique, car ils peuvent y pratiquer leur métier de façon travesti, efféminé et sans aucune discrimination.

Il y a bien sûr une face sombre à cette apparente tolérance : la prostitution. Mais afin de faire une distinction, on a appelé les Mahus s’adonnant à cet exercice des Rae rae. Un terme spécifiquement  attribué par les occidentaux puis usité par les Polynésiens, pour qui la sexualité n’avait jamais servit à définir une identité. Encore moins celle des Mahus que l’on considérait jusqu’alors comme des êtres asexués.Depuis les années 60, ces créatures de la nuit hantent les hôtels miteux reconvertis en maison closes. Il s’agit une nouvelle fois d’une des conséquences du tourisme. Et même si beaucoup de Rae rae ne se contentent que de la fellation, il se cache derrière chacun des dollars gagnés le rêve de se faire un jour totalement opérer. Ainsi, nous sommes loin de l’image ancestrale du Mahu recommandé pour sa gentillesse, sa douceur ou ses dons culinaires…

Mais comment la Polynésie a pu voir l’apparition des Mahus ? C’est une question qui interpelle de nombreux sociologues anglo-saxons. L’anthropologue Robert Levy (Faculté de San Diego) y a vu un rejet des valeurs viriles et guerrières. D’autant que les Mahus sont dispensés de reproduction, de cérémonies religieuses et de sacrifices humains. Certaines tribus auraient donc eu recours au travestissement afin de maîtriser l’envolée démographique des îles. Niko Besnier (Université américaine UCLA) a intégré une dimension économique à cette thèse. L’anthropologue pense que la place grandissante de la femme sur le secteur tertiaire expliquerait cette tentative d’adaptation. Quoi qu’il en soit, les Mahus sont devenues de vraies stars, à l’image du chorégraphe Coco Hota-Hota ou Tonio, le chef de la compagnie Papara. Un bel exemple.

> Livre « Raerae de Tahiti » - François Bauer (2002)
> Documentaire « Le Mahu, l’efféminé » - Jean-Marc Corillion
Grand Prix du Jury au Festival International du Film Documentaire Océanien de Tahiti (2004)



Par plu-G
Publié dans : Société - Ecrire un commentaire - Voir les 3 commentaires
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Commentaires

Merci pour cet exposé. J'avais une vision plus mythologique des mahu, nés d'un peuple nomade les Anoïs, qui voulaient capter les pouvoirs des hommes et des femmes en créant le 3ième sexe. Le phénomène raerae dérivent des mahu, mais est plus récent (1950) à partir de l'arrivée de militaires français sur le territoire tahitien. Les raerae s'occupent alors du commerce du sexe. certains auteurs établissent une différence de dynamique avec les mahu qui désirent rester "hommes aux gestes féminins" et les raerae qui refusent leur genre masculin et veulent devenir femme (relevant alors de transexualisme) merci en tout cas pour l'exposé, c'est bon, c'est clair
Commentaire n° 1 posté par stann le 26/09/2007 à 13h46
Merci pour le lien Caphi, Effectivement, le terme Mahu est moins médiatique, car la société n'en conserve que son intérêt sexuel le plus visible (rae rae). A consulter également pour ceux qui ne connaissent pas : les Drag Kings (sur ce blog), les Acaults au Myanmar, les Faikakekines aux îles Tonga, Shemale chez les anglophones, New half au Japon, Hijras en Inde, Muché chez les Zapotec du Tehuantepec Juchitan, Fa'afafine aux Samoa, Woobie en Côte d'Ivoire, Femminielli en Italie, etc.
Commentaire n° 2 posté par Sam le 27/07/2007 à 14h23
Bonjour Samuel, Merci pour cet article sur les Mahus (je connaissais seulement le terme de Rae Rae; j'ai donc appris ici quelque chose). En France en particulier, les transsexuel(le)s sont un peu trop oublié(e)s des politiques. Considéré(e)s comme des citoyens de "seconde zone", assimilé(e)s trop souvent à la prostitution, ils n'ont peu de voix aux chapitres des lois. A droite comme à gauche (même si des partis comme le PC qui espérent rebondir en présentant des candidat(e)s "différent(e)s" dans des circonscriptions pourtant perdues d'avance telle celle de Rueil, en région parisienne), l'intérêt et les déclarations en leurs faveurs sont encore bien timorées ! En raison de cette incompréhension - voire pire des discriminations qu'elles-ils subissent quotidiennement - j'ai créé, le 7 juillet 2007, un nouveau blog [ la webdromadaire de caphi : htt://caphi.over-blog.fr ] consacré à la TRANSIDENTITE (appelée improprement transsexualité). Sachant votre curiosité, merci de vous y rendre pour connaître toute la diversité des humains et les différences qui enrichissent pourtant nos existences. Bien à toi caphi, journaliste et transsexuelle MtF (male to female) htt://caphi.over-blog.fr
Commentaire n° 3 posté par caphi le 27/07/2007 à 14h10

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